Cabale déclenchée par Citron Research contre Jumia

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Jumia ne suscite guère l’indifférence. Saluée par de nombreux observateurs pour son modèle conquérant en Afrique, la start-up qui a récemment rejoint le Nasdaq à New York est quasi proportionnellement critiquée par d’autres qui lui dénient son africanité tout en pointant le niveau élevé des pertes opérationnelles qu’il continue d’enregistrer depuis sa création en dépit de centaines de millions $ brûlées. Le rapport à charge publié le 09 Mai par Citron Research de l’analyste et investisseur américain Andrew Left vient raviver ces critiques. Dans son rapport, l’analyste accuse notamment Jumia d’avoir transmis à la SEC et au marché des indicateurs mensongers, visant à tromper les investisseurs à propos de la situation réelle de son activité. Citron Research cible par exemple les nombres de shoppers actifs et de marchands présents sur les plateformes de Jumia. L’e-commerçant, aurait présenté, d’un document à l’autre entre 2018 et 2019, des statistiques différentes concernant ces indicateurs pour l’année 2017. Citron Research pointe aussi un taux élevé (plus de 40%) d’annulations de commandes, de retours d’articles, etc. ainsi que des fraudes commises par des collaborateurs du programme JForce Consultants mis en place au Nigéria par la start-up. Mais le 13 Mai, lors de la présentation des résultats de la start-up d’e-commerce pour le premier trimestre 2019, Sacha Poignonnec, CEO de Jumia, a balayé d’un revers de la main les révélations de Citron Research. Selon les déclarations du dirigeant, le rapport de Citron Research est un non événement, les comptes de Jumia étant audités et certifiés. TechCrunch rapporte par ailleurs les avis favorables de plusieurs analystes comme Citibank et Morgan Stanley qui jugent non fondées les accusations de Citron Research. Citibank indique par exemple en se fondant sur les explications qui lui ont été fournies par Jumia que les statistiques incriminées portent sur des chiffres nets dans un premier cas et bruts dans le second, celui du document transmis en 2019 à la SEC. Jumia soupçonne de son côté Andrew Left de vouloir tirer profit de cette atmosphère de suspicion qu’il a déclenchée avec son rapport à charge. Ce que tend à confirmer TechCrunch en rapportant que le fondateur de Citron Research a confirmé avoir participé aux transactions sur les titres Jumia.

Une class action initiée par des investisseurs de Jumia se sentant lésés

En tout état de cause, le rapport de Citron Research a servi de base au déclenchement d’une class action devant un tribunal de New York contre Jumia. Alimentée par plusieurs cabinets d’avocats américains, le projet de class action adresse les investisseurs ayant acheté le titre Jumia pendant la période allant du 12 Avril au 09 Mai, date de publication du rapport d’Andrew Left. Selon le communiqué de l’un des cabinets d’avocats, l’action en justice vise Jumia et certains de ses dirigeants pour avoir violé le securities exchange act de 1934. Le communiqué reprend trois des points soulignés par Citron Research, en l’occurrence le nombre de shoppers et de marchands, le niveau des annulations de commandes, l’insuffisance d’informations concernant les transactions pilotées entre autres par JForce Consultants. Les premières suites de la procédure devraient être connues en Juillet avec la fin de la période de 60 jours laissée aux éventuel investisseurs pour rejoindre la procédure et attaquer Jumia pour obtenir des dommages et intérêts.

Quant aux investisseurs historiques présents au tour de table comme MTN, Millicom, Orange, AXA, etc., aucun d’eux n’a encore fait de déclaration officielle à propos de cette affaire éclaboussant Jumia. Des rumeurs laissent toutefois entendre que MTN, qui envisageait depuis de nombreux mois de se désengager afin de réduire sa dette avec le produit de la vente de ses parts au capital de la start-up, pourrait accélérer les choses.

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