Naspers prévoit l’IPO de MultiChoice pour fin Février

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Naspers a communiqué en début de semaine la date envisagée pour l’introduction en bourse de son pôle vidéo à Johannesburg. Ce sera le 27 Février, si le groupe obtient bien les autorisations nécessaires délivrées par l’autorité du marché financier. MultiChoice Group, nom de la nouvelle entité, regroupe sous la même bannière les activités TV classiques (DStv, Gotv), la SVOD, ShowMax notamment, et quelques autres activités éloignées. MultiChoice Group devrait par ailleurs lancer courant 2019 le service TV OTT standalone en préparation depuis plusieurs mois.

Géant aux pieds légers

Selon Bloomberg qui cite Renaissance Capital, une banque d’investissement active sur les marchés émergents, MultiChoice Group pourrait être valorisé à environ 6,6 milliards $. C’est plus de 30 fois la valeur des bénéfices du pôle vidéo de Naspers au cours du précédent semestre (clos le 30 Septembre 2018). C’est aussi plus de six fois le tarif qu’auraient proposé Vivendi et Canal+ en 2017 pour encourager Bob van Dijk et ses actionnaires à se débarrasser de MultiChoice Africa (activités hors Afrique du Sud) qui était encore considéré comme un boulet dans le portefeuille d’actifs de Naspers. Depuis, le vent semble avoir tourné. Entre Mars et Septembre 2018, MultiChoice Africa a justement attiré 140 milles nouveaux abonnés. MultiChoice South Africa en a attiré 285 milles pour sa part sur la même période. Selon les dernières estimations de Digital TV Research, le sud-africain serait également passé devant StarTimes en 2018 en termes de recrutement de nouveaux abonnés. L’horizon pourrait donc paraître dégagé pour la nouvelle entreprise.

Mais de nombreuses incertitudes planent encore sur son avenir. En Afrique du Sud, son principal marché, MultiChoice est de plus en plus vivement attaqué. Après avoir une première fois recommandé que MultiChoice desserre un peu son emprise sur le marché local où il capterait plus de 90% de la valeur en ce qui concerne le linéaire, le régulateur audiovisuel du pays (ICASA) est récemment revenu à la charge pour tenter de rendre dorénavant non exclusifs les droits TV d’événements sportifs comme la Coupe du monde FIFA, la CAN, les Jeux Olympiques, la Coupe du monde de Rugby, etc. Une approche s’inspirant de la fameuse directive européenne TSF. Dans les autres pays subsahariens anglophones où il opère, MultiChoice reste par ailleurs à portée de « baffe et d’engueulade » , comme peut l’être son compatriote MTN dans les télécoms. En raison de sa position concurrentielle dominante, les politiques n’hésitent pas à lui taper dessus soit pour espérer qu’il contribue davantage aux recettes publiques, soit pour satisfaire, à tort ou à raison, le public téléspectateur ou l’écosystème audiovisuel de leur pays.

ShowMax pas encore à la hauteur

Quant à la SVOD, qui n’est d’ailleurs pas à décorréler du linéaire en regard de la pression qu’exercerait Netflix sur les abonnés premium de MultiChoice en Afrique du Sud, elle peut être pleine de promesses. ShowMax, dont on ne sait toujours pas le nombre exact d’abonnés en dehors des estimations proposées par Digital TV Research, Dataxis et autres, doit cependant encore prouver sa capacité à tenir la distance face à la plateforme de Reed Hastings. Ce qui est loin d’être le cas pour l’instant. En 2018, Neflix a même renforcé sa part de marché en volume (+1,5%) à 45% en Afrique subsaharienne. En Afrique du Sud, il s’est aussi quasiment aligné, en monnaie locale, sur la tarification proposée par la plateforme SVOD de MultiChoice. Le service basé à Los Gatos va même débuter dès 2019 la diffusion d’une création originale sud-africaine. Et quand on observe son savoir-faire et ses succès en la matière, ainsi que les budgets qu’il y dédie, la dynamique n’est clairement pas avantageuse pour ShowMax. La future offre OTT standalone viendra peut-être ralentir les autres services comme Kwesé iflix en proposant le même type d’offre (du premium sport exclusivement online, des séries américaines, etc.) mais on voit mal comment MultiChoice pourrait inverser la tendance face à Netflix.

En un mot, la pari de Bob van Dijk est particulièrement risqué. Pousser ainsi MultiChoice en première ligne peut vite se révéler problématique. Mais le jeu en vaut probablement la chandelle pour les actionnaires. MultiChoice sorti du portefeuille, Naspers ne conserve plus que des actifs digitaux trendy comme Tencent, Letgo, Delivey Hero, Swiggy, PayU, etc.

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