Facebook a-t-il aussi usé de fake news pour influencer l’opinion ?

Facebook fake news

Facebook n’est plus à un scandale près. Mais les faits révélés Mercredi par le New York Times sont déroutants et particulièrement inquiétants à plus d’un titre. Car il ne s’agit plus seulement de manipulations de l’opinion initiées par une officine russe dans le cadre des élections présidentielles américaines. Ni de failles ayant permis à Cambridge Analytica d’exploiter des données d’utilisateurs pour influencer leurs votes. Cette fois, c’est la stratégie même de Facebook, dans l’adversité, qui est pointée du doigt. Selon le New York Times, qui a croisé les informations collectées auprès d’une cinquantaine de sources, le leader des réseaux sociaux aurait eu recours aux services de Definers Public Affairs, une agence RP basée à Washington qu’elle aurait mandatée pour rendre publiques des informations pouvant discréditer des concurrents, des politiques ou des personnages publics trop critiques envers ses activités, notamment en ce qui concerne la protection insuffisante des données personnelles. Une telle stratégie de contre-feux est en soi déjà très contestable au plan éthique, même s’il s’agit d’une pratique courante aux USA, notamment dans la sphère politique. Mais que le réseau social via son mandataire, Definers, recoure à la diffusion de fausses informations dans une optique de sape de l’image de leurs cibles est particulièrement inquiétant. L’enquête du New York Times laisse en effet entendre que Definers pour le compte de Facebook aurait eu recours à cette pratique pour discréditer divers groupes critiquant les insuffisances du réseau social en termes de modération des contenus haineux, violents, de protection des données des utilisateurs, etc. Bien évidemment, Mark Zuckerberg et Sheryl Sandberg, respectivement numéro un et deux de Facebook s’en sont vivement défendus, indiquant avoir découvert les activités de Definers pour Facebook dans l’article du média américain. Ils indiquent y avoir toute suite mis fin. Cette défense ne convainc cependant pas et surtout elle ne dissipe pas les craintes que suscite de plus en plus Facebook quant à un potentiel usage de sa puissance, tant financière que média pour restreindre les libertés.

Pompier pyromane ?

Les révélations du New York Times déroutent à plus d’un titre car Facebook, après les épisodes de l’ingérence russe dans les élections présidentielles américaine et l’affaire Cambridge Analytica, s’est lancé dans une croisade vertueuse contre les fake news. Il s’est pour cela associé à l’AFP avec lequel il a déployé dans de nombreux pays une solution de fact-checking. En Octobre et Novembre 2018, quatre pays subsahariens (Kenya, Afrique du Sud, Nigéria, Sénégal) se sont par ailleurs ajoutés à la liste des pays couverts par le projet, avec l’appui local d’Africa Check. Que Facebook recourt parfois à la diffusion de fake news pour influencer l’opinion publique à son bénéfice alors que sa communication publique le présente comme un défenseur de la vérité a alors quelque chose de déroutant. Quatre sénateurs démocrates américains viennent en conséquence d’adresser au réseau social un courrier le priant de s’expliquer sur les pratiques révélées dans l’enquête détaillée du New York Times. En attendant, le réseau social conteste point par point les révélations du New York Times.

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