Marché de la pub au Sénégal : le CNRA invite à une effective régulation

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Le CNRA (Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel) a organisé il y a une semaine, les 6 et 7 Août, à Dakar, des journées de concertation portant sur l’état des lieux, la gouvernance, les enjeux et perspectives du marché de la publicité au Sénégal. Toutes les parties prenantes ont été conviées à participer à ces deux journées visant selon le CNRA à entre autres formuler des recommandations pour un meilleur fonctionnement du marché. En introduction, Babacar Touré, président sortant du CNRA (*), a déploré l’anarchie et le manque de visibilité dans l’industrie locale de la publicité en raison notamment de la faiblesse du cadre réglementaire et par conséquent de la régulation. Un point particulièrement ciblé lors de sa prise de parole par Mohamed Badiane, dirigeant l’APRPS (Association Professionnelle des Régies Publicitaires du Sénégal). Il a par exemple fustigé les abus des communes en termes de licences délivrées et concessions attribuées. Depuis l’avènement de la décentralisation dans le pays (l’acte III de 2014 en particulier) explique-t-il, les communes d’arrondissement, en quête de recettes financières, multiplient les autorisations notamment sur le segment de l’OOH. Ce qui a engendré une surcharge de l’implantation de dispositifs et une pollution visuelle. Sans oublier, rappelle-t-il, les implantations tout simplement illégales, effectuées sans une quelconque autorisation. C’est le cas d’annonceurs qui implantent par eux-mêmes des dispositifs longue conservation, parfois le long de voies publiques, au mépris des règles les plus élémentaires.

Trois recommandations

Outre les dispositifs, les contenus publicitaires posent eux aussi de nombreux problèmes par défaut de régulation. Les médias ne sont par conséquent pas très regardants en ce qui concerne l’éthique des contenus publicitaires qu’ils proposent au public. Babacar Touré évoque l’exemple des nombreux guérisseurs traditionnels envahissant les antennes des chaînes télé. Un phénomène similaire est déploré dans d’autres pays où pasteurs évangéliques, marabouts de tout acabit et autres charlatans en tous genres vantent leurs services au sein d’écrans publicitaires à la télé. Le sujet du numérique n’a pas non plus manqué d’être évoqué. Le pays propose une offre éditoriale digitale importante, mais véhiculant également beaucoup de fake news posant ainsi des problèmes de brand safety pour les annonceurs.

Pourtant une loi existe bel et bien pour réguler l’industrie de la publicité : la loi 83-20 du 28 janvier 1983. Toutefois, depuis sa promulgation, il n’a jamais été pris un quelconque décret d’application initiant sa mise en oeuvre, telle la mise en place d’une instance de régulation dédiée ainsi qu’un code de la publicité au Sénégal. Face à ces manques, les parties prenantes, l’APRPS et le CNRA en tête, invitent les pouvoirs publics à initier un nouveau cadre réglementaire en adoptant de nouvelles lois régulant effectivement l’industrie de la publicité dans le pays. Cette proposition est d’ailleurs la première recommandation ressortant des deux journées d’échanges. La deuxième recommandation découle de la première et porte sur la mise en place de la tant espérée instance dédiée de régulation de la publicité. Enfin, les agences et régies appellent de leurs vœux l’institution d’une licence d’accès à la profession, gage de l’assurance de qualification effective des entités opérant sur le marché.

(*) Après 6 ans à la tête de l’organe de régulation audiovisuelle, il sera remplacé en Septembre par Babacar Diagne, ex-patron de l’éditeur audiovisuel public, RTS.

Crédit photo : © lefthandrotation – Visualhunt.com

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