La nouvelle donne du marché ivoirien de la télévision

Côte d'Ivoire marché télévision

Dominé jusqu’en 2016 par RTI, groupe audiovisuel public, et Canal+, seul distributeur pay TV, le marché ivoirien de la télévision linéaire a sensiblement évolué ces deux dernières années. Cela débute avec l’attribution par le régulateur de nouvelles licences de commercialisation de bouquets de chaînes de télévision. TV-Com, Akwaba Tele et StarTimes font ainsi leur entrée sur le marché. Le groupe chinois lancera ses opérations commerciales dans la foulée dès la fin 2016. A l’époque, Canal+ affichait environ 300 milles abonnés au compteur. Deux ans plus tard, le groupe français filiale de Vivendi ne semble pas outre mesure perturbé par la nouvelle concurrence imposée notamment par la marque chinoise. Son parc abonné local s’est même envolé de plus 85% à environ 557 milles en Décembre 2017, selon un décompte de Digital TV Research rapporté par Bloomberg. Dans le même temps, StarTimes a réussi à attirer environ 100 milles abonnés vers ses bouquets proposés à des tarifs moyens inférieurs à ceux de l’opérateur français. Ce dernier s’est cependant évertué depuis de nombreux mois à rendre ses offres plus accessibles, multipliant les promos au cours desquelles le tarif d’accès à son décodeur a parfois été divisé par 3 (avec la parabole offerte).

Cela dit, l’avènement acté de Free risque à nouveau de changer la donne pour les parties prenantes actuelles. La réputation de trublion de cette autre marque française n’étant pas usurpée, le marché audiovisuel ivoirien devrait connaître quelques remous dans les mois à venir même si les observateurs attendent de voir comment ce nouvel entrant se positionnera-t-il par rapport aux deux acteurs majeurs en place. A noter qu’à terme, le régulateur audiovisuel ivoirien aspire à porter à 10 le nombre de distributeurs de bouquets pay TV opérant sur le marché. Avec 7 licences pour l’instant délivrées, il faudra alors s’attendre à 3 futures entrées dont probablement celle du sud-africain Kwesé. Toutefois, les distributeurs qui réussiront à réellement animer le marché n’excéderont pas 3 ou 4. La sélection naturelle opérera et les autres acteurs, trop petits ou trop timorés, feront place nette.

Concurrence sur l’offre de contenus …

En attendant, Canal+ et StarTimes continuent de s’écharper. Outre une guerre des tarifs d’accès à leurs services respectifs, les deux concurrents s’affrontent aussi en ce qui concerne l’offre de contenus, avec à date une bonne avance pour Canal+. Le groupe français a longtemps été seul, avec MultiChoice (sur les marchés anglophones), à acquérir en Afrique subsaharienne les droits sportifs premium (les 5 grands championnats européens de foot, l’UEFA Champions League, l’UEFA Europa League, la Coupe du monde FIFA, la CAN, les JO, la NBA, etc.). Mais aujourd’hui, il ne diffuse plus le Calcio Serie A (championnat italien). La Bundesliga (championnat allemand) a été récupérée par StarTimes. Le français partage avec son concurrent la diffusion de la Coupe du monde, etc. En revanche, il a une belle avance sur l’éditeur chinois en ce qui concerne les films et séries, de même que sur les shows. Le groupe français a également lancé plusieurs antennes dédiées aux productions made in africa for africa (A+, Nollywood TV, etc.).

… et sur la TNT

Ce qui est en phase avec les ambitions locales de développement d’une industrie de la production audiovisuelle. L’ex-ministre ivoirienne de la communication, Affoussiata Bamba, évoquait par exemple un quota de 25% de contenus locaux à proposer à terme au sein des grilles des chaînes éditées en Côte d’Ivoire, notamment sur la TNT. Avec l’avènement de la TNT justement, RTI qui n’a pas été inquiété par A+ et A+ Sport éditées localement, mais distribuées via satellite, devra partager le paysage terrestre avec plusieurs chaînes dont certaines éditées en Côte d’Ivoire, avec une identité ivoirienne en affinité avec le public. Fin 2016, A+ Côte d’Ivoire, Life TV, NCI et TV7 ont toutes acquis des licences d’éditeurs. Ces 4 chaînes privées seront gratuites et constitueront une nouvelle offre audiovisuelle terrestre alternative aux chaînes de RTI. Le groupe audiovisuel public occupait seul le paysage de la diffusion terrestre. N’envisageant pas se laisser malmener par les nouveaux entrants, il annonce préparer lui aussi le lancement d’au moins une chaîne supplémentaire qui prendra place sur la future TNT aux côtés de ses deux chaînes historiques. A Abidjan, il est ainsi évoqué RTI3. Le groupe dirigé par Ahmadou Bakayoko a en outre effectué de substantiels investissements dans le développement d’une offre de contenus locaux de bonne facture. Contenus qu’il commercialise par ailleurs depuis plusieurs années auprès d’autres chaînes (hors Côte d’Ivoire) ou services vidéo via un pôle dédié, RTI Distribution. L’éditeur public se tient donc prêt face à la concurrence et est certains d’avoir des arguments à faire valoir pour garder le public devant ses programmes.

Pour rappel, les chaînes free-to-air éditées localement seront distribuées, aux côtés de chaînes payantes internationales, au sein de deux multiplex annoncés pour être opérés par Canal+ via Telenum (avec Orange) et StarTimes. Ces deux acteurs se feront en effet à nouveau face sur la TNT.

 

Crédit photo : visualhunt/Robbie Veldwijk

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