Droits médias du foot : l’Egypte cible cette fois la FIFA

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Dans les milieux du foot business en Afrique, on commence à s’habituer aux sorties vengeresses des instances judiciaires et de régulation de l’Egypte. L’ECA (Egyptian Competition Authority) et la CEC (Cairo Economic Court) se sont en effet rendues célèbres avec les procédures initiées contre la CAF (Confédération Africaine de Football) et son ex-président Issa Hayatou pour avoir accordé à Lagardère SE l’exclusivité des droits médias et marketing des compétitions CAF jusqu’en 2028. Plus récemment, beIN a subi les foudres des deux institutions qui lui ont infligé 22 millions $ d’amende en l’accusant de pratiques anticoncurrentielles dans le cadre de la diffusion de la CAN 2017 en Egypte (plus largement en Afrique du Nord), sur fond de crise géopolitique entre le Qatar et nombre de pays arabes dont justement l’Egypte.

La FIFA violerait ses propres règles

Outre cet épisode toujours en cours, le groupe audiovisuel qatari se retrouve à nouveau dans le collimateur de ces instances, en l’occurrence l’ECA. L’organe de régulation s’intéresse cette fois à l’exclusivité des droits médias de la Coupe du monde 2018 obtenue par beIN pour l’ensemble de la région MENA. Sur le banc des accusés, le diffuseur qatari est accompagné de la FIFA, fédération internationale de football. C’est d’ailleurs l’instance mondiale du foot qui est la cible de la violente charge de l’ECA dans un communiqué diffusé Dimanche 10 Juin. Avançant une violation des articles 7 et 8 de la loi de la concurrence égyptienne, l’organe de régulation exige de la FIFA qu’elle attribue « immédiatement à l’Egyptian National Media Authority les droits de diffusion linéaire terrestre » en clair de 22 matchs de la compétition débutant Jeudi 14 Juin, dont notamment « les matchs de l’équipe nationale égyptienne, le match d’ouverture, 3 matchs parmi les 16 restant, les quarts de finale, les demi-finales et la finale » .  L’ECA ajoute que l’accord de licence FTA avec le groupe audiovisuel public égyptien doit intervenir selon des « conditions financières raisonnables » .

Au-delà de la violation des articles 7 et 8 de la loi locale de la concurrence, le régulateur égyptien de la concurrence avance divers arguments pour justifier sa décision. L’ECA évoque par exemple le cas de la France où en dépit de l’acquisition des droits pay TV par beIN dans le pays, TF1, chaîne diffusant en clair, a obtenu de la FIFA les droits FTA de diffusion de « 28 des plus importantes affiches » des Coupes du monde 2018 et 2022. Le régulateur indique également se référer à la politique de licences TV de la FIFA. Il rapporte à cet effet que cette politique stipule que « 22 matchs doivent être diffusés en clair sur des chaînes terrestres, dont les matchs de l’équipe nationale, le match d’ouverture, les demi-finales et la finale » .

Aucun diffuseur en clair au Maghreb

Si le réquisitoire de l’ECA peut sembler quelque peu cavalier et surtout non dénué d’arrière-fond géopolitique, il peut toutefois s’entendre. Selon le dernier document officiel de la FIFA daté du 07 Juin que Happens Africa a pu consulter, aucune sous-licence FTA n’a été attribuée au sein la région Afrique du Nord. Quelque soit le marché considéré, seul beIN apparaît comme détenteur d’une licence de diffusion de la Coupe du monde. Alors que plusieurs dizaines de sous-licences de diffusion en clair ont été concédées dans la région subsaharienne (Kwesé indique avoir conclu des accords dans ce sens avec plus de 35 diffuseurs) et ailleurs dont le marché français évoqué par l’ECA. Même si nous ne sommes à date pas au fait de l’exactitude de la politique de licence média de la FIFA, la pratique habituelle pour les grandes compétitions de foot (Champions League par exemple) veut qu’au moins la finale soit diffusée en clair. Les parties arriveront-elles dans les prochains jours à rapprocher leurs positions ? Sur les marchés voisins du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie, on suit avec intérêt l’évolution de la situation en Egypte, en fourbissant ses armes pour s’engouffrer dans la brèche le cas échéant.

L’ECA rappelle dans son communiqué que sa procédure est fondée sur une plainte qui lui a été adressée le 14 Mai, sans que l’identité du plaignant ne soit révélé. Il indique qu’après avoir examiné la plainte et les premiers éléments, il a contacté la FIFA par courrier le 17 Mai pour lui exprimer ses points de vue en regard de la plainte reçue. Ne recevant aucune réponse de la part de l’instance mondiale du foot, il a dû initier de façon plus formelle une enquête dont notification aurait été  faite à la FIFA le 31 Mai. Selon le communiqué, la FIFA n’a jamais répondu aux sollicitations qui lui ont été adressées.

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