Qwickfone : le mobile en Afrique ne se porte pas si bien que cela

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Jusqu’à présent, toutes les études et analyses du marché du mobile en Afrique ont toujours présenté un trend positif, tant en termes de nombre d’abonnés que de revenus. 436 millions d’abonnés uniques en Q2 2017 en Afrique subsaharienne selon les derniers chiffres de GSMA, en progression de 9% par rapport à Q4 2016 ! 110 millions de dollars de revenus générés en 2016 au sein de la même région ! 985 millions de lignes actives sur l’ensemble de l’Afrique en Q1 2017 (un même abonné pouvant avoir plusieurs lignes), selon les chiffres de Ericsson cette fois !

Mais pour Qwickfone, un tel trend est très exagéré, pour ne pas dire totalement inexact. En effet, à rebours de toutes les études récentes, l’opérateur alternatif indique dans un livre blanc qu’il vient de publier que l’Afrique ne pourra pas atteindre le milliard de lignes mobiles en service à l’horizon 2021. L’écosystème (actuel et estimé pour les années à venir) n’aura simplement pas la capacité de fournir, sans discontinuité, un tel volume de service.

Qwickfone pointe en particulier 5 obstacles majeurs :

  • l’inefficacité et la désuétude des réseaux d’alimentation électrique en regard de la demande ; cela est d’ailleurs source des nombreuses et courantes interruptions de services, notamment dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne ; les fameux délestages ; pour les telcos, les interruptions à répétition de l’alimentation électrique représentent une source importante de coûts car ils sont obligés de consentir des investissements élevés dans des générateurs devant prendre le relais du réseau public en cas d’interruption de ce dernier afin de maintenir en service les tours télécoms, sans parler des coûts de fonctionnement en gasoil et en personnel de sécurité ; à titre illustratif, Qwickfone cite l’exemple du Ghana qui comptait en Mars 2017 environ 6500 tours télécoms ; en périodes de délestages, le maintien de l’alimentation électrique du parc de tours revenait à environ 100 000 dollars par heure (frais des stations de base exclus) ; il faut cependant noter que les telcos font de plus plus appel à des prestataires (Helios, Africa Mobile Networks, IHS, etc.) externes en ce qui concerne le tours télécoms auprès desquels ils se contentent de conclure des contrats de location, l’objectif étant justement de transférer sur lesdits prestataires les risques et coûts liés au fonctionnement des tours ; par ailleurs, depuis quelques années, nombre d’opérateurs mobiles (MTN, Airtel, Millicom, Etisalat, etc.) détenant des parcs de tours se désengagent au profit des towercos
  • l’incapacité à assurer la maintenance ou l’extension des réseaux télécoms en raison des difficultés à acquérir des équipements à l’étranger ; selon l’opérateur alternatif, cela est dû entre autres à la chute des monnaies locales et au manque de devises étrangères ; au Nigéria l’Association of Licensed Telecommunications Operators of Nigeria (ALTON) tire d’ailleurs la sonnette d’alarme en expliquant que les problèmes de devises étrangères que connaît le pays depuis quelques mois limite la capacité de ses membres à importer les équipements dont ont besoins ses membres pour leurs activités
  • la faible couverture des zones rurales par les réseaux déployés par les opérateurs qui préfèrent essentiellement se concentrer sur les zones urbaines jugées plus rentables
  • une couverture inefficace et inégale, même dans les centres urbains densément peuplés
  • le manque de fréquences dû aux lenteurs pour le basculement vers la TNT.

Certains des obstacles listés par Qwickfone sont également pointés par la GSMA, en l’occurrence le manque de fréquences. Les problèmes de non continuité de l’alimentation électrique sont également une réalité forte en Afrique subsaharienne. Mais ces faits, aussi puissants et handicapant soient-ils, sont-ils vraiment de nature à casser la dynamique positive de l’industrie du mobile en Afrique ? Dans tous les cas, il faut garder à l’esprit que Qwickfone se définit comme un opérateur alternatif ciblant particulièrement les zones rurales où il souhaite proposer des offres légères et concurrentes de celles des telcos classiques. Les conclusions de son livre blanc servent donc avant tout à légitimer sa proposition de valeur.

 

Crédit photo : visualhunt/CIMMYT

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