Pochvid-20, crise économique corollaire de la Covid-19

Pochvid-20

La forte progression de la précarisation pour de très nombreux ménages en Afrique subsaharienne en raison des mesures barrières contre la pandémie de la Covid-19 a fait émerger un terme très évocateur, la Pochvid-20. Parti semble-t-il des rues de Ouagadougou (Burkina-Faso), il exprime de manière crue l’autre crise qu’affrontent les ménages les plus précaires de la région depuis plusieurs mois, le tarissement des sources de revenus. Les mesures de distanciation sociale et de confinement partiel ont par exemple entraîné la fermeture de plusieurs marchés semi-couverts ou plein air pendant plusieurs jours ou semaines en Afrique subsaharienne. Plateformes commerciales et d’activités diverses, des milliers de ménages dans la région y gagnent quotidiennement leurs modestes revenus. Des ménages dont le niveau de précarisation s’est accru ces dernières semaines avec leurs fermetures. Comme pour les marchés, animés par plusieurs types de commerçants, le ralentissement de plusieurs activités de l’économie tertiaire informelle pour des raisons de sécurité sanitaire a entraîné une destruction d’emplois précaires et un assèchement des sources de revenus pour de nombreux ménages, dont certains ont de plus en plus de mal à assurer leurs courses alimentaires.

Les résultats de la troisième vague (14 Avril au 08 Mai) de l’étude de GeoPoll sur les impacts de la crise sanitaire en Afrique subsaharienne illustrent à plus d’un titre le sentiment ou la crainte de la Pochvid-20 et du recul de la sécurité alimentaire qui en découle. Bien qu’une part du public adressé par l’institut ne fasse probablement pas partie des ménages les plus précaires et exposés. En effet, 8 participants sur 10 à l’étude de GeoPoll conduite dans 10 pays de la région (Afrique du Sud, Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya, Mozambique, Nigéria, Ouganda, RD Congo, Rwanda, Zambie) indiquent par exemple avoir déjà craint pour leur sécurité alimentaire en raison d’une insuffisance de leurs ressources. 75% des répondants tentent alors de réaliser des économies en basculant sur des marques moins chères que les marques qu’ils consomment habituellement. C’est trois points supplémentaires par rapport à la précédente vague.

La Pochvid-20 s’exprime plus globalement en termes de craintes des impacts économiques subséquents à la crise sanitaire. 71% des 3994 participants à l’étude indiquent par exemple se sentir très concernés par les impacts économiques découlant de la pandémie de la la Covid-19.

Les craintes des effets néfastes de la crise sanitaire sur l’économie et les revenus des ménages représentent d’ailleurs la deuxième source d’inquiétudes exprimées par les participants à l’étude après le risque d’infection.

La Pochvid-20, une autre épidémie donc, à côté de celle de la Covid-19, comme le suggèrent certaines analyses éclairées, qui peut potentiellement faire bien plus de victimes dans la région subsaharienne que la crise sanitaire.

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