Réattribution de la CAN 2021 au Cameroun : la Côte d’Ivoire exprime son désaccord

CAF glissement CAN

Où s’arrêteront donc les tergiversations et autres ménagements ? Lundi 03 Décembre, dans un entretien accordé à Afrique Media TV depuis Kinshasa, Ahmad Ahmad a formellement confirmé la trouvaille de la CAF pour ménager un minimum le Cameroun après lui avoir retiré l’accueil de la CAN 2019. « C’est confirmé par le comité exécutif » affirme en effet le président de la CAF à la journaliste qui l’interroge sur la réattribution de la CAN 2021 au Cameroun. Parce qu' »on a vu aussi que même la Côte d’Ivoire n’est pas prête pour 2021… ne sera pas prête pour 2021 » explique le dirigeant. Du coup, « en 2021 on organise la CAN au Cameroun et en 2023 on organise en Côte d’Ivoire. C’est la décision prise par le comité exécutif » . Le patron du football africain reconnaît cependant au cours de l’interview que c’est faire « entorse » au règlement de réattribuer ainsi la CAN 2021. Un point que soulèvent justement les observateurs. L’attribution de l’organisation de la compétition phare de la CAF se fait normalement suivant une procédure d’appel à candidatures au terme de laquelle un pays est désigné, ou plusieurs dans le cas d’une co-organisation. Or si l’initiative actuelle de la CAF prospère, l’organisation de la CAN 2023 reviendra à la Côte d’Ivoire alors que la procédure réglementaire avait désigné la Guinée, dont l’instance du football en Afrique ne se préoccupe guère pour l’instant. Quant à 2021, les résultats de la procédure de désignation se retrouvent être mis de côté pour un arrangement censé ménager le Cameroun. En dépit de ces sorties du cadre légal, Ahmad Ahmad affirme être confiant si une procédure devait être initiée devant le TAS (Tribunal Arbitral du Sport). Le dirigeant renvoie notamment aux articles 35 et 92 du règlement de la CAN. Dans ledit règlement que nous avons consulté (*), le dirigeant fait en réalité référence au Chapitre 35 relatif aux retraits et à l’article 92 relatif aux notifications de retrait et amendes encourues. Le point 92.3 du règlement de la CAN indique précisément qu’en cas de « retrait notifié moins d’un an avant la date du tournoi final » , « une amende de 500 000 $ » et « une suspension à la prochaine édition de la CAN de son équipe nationale A » (équipe du pays à qui l’organisation de la compétition a été retirée ndlr) sont prévues, « outre les sanctions disciplinaires » . On se demande en conséquence ce qui rend le président de la CAF confiant en cas de procédure lancée devant le TAS. A moins qu’il ait la certitude qu’un tel développement ne peut intervenir.

Non courtois et déplorable

En Côte d’Ivoire en tout cas, la protestation semble vive, qu’elle émane d’officiels du gouvernement ou de la fédération ivoirienne de football. Selon le ministre ivoirien des sports, dans des propos rapportés par Koaci, la démarche de la CAF manque de courtoisie et d’objectivité. L’officiel rassure en effet sur la capacité de son pays à accueillir de manière satisfaisante les 24 équipes africaines et leurs supporters pour l’édition 2021 de la compétition. Tous les marchés ont déjà été attribués souligne-t-il et divers travaux ont débuté. Et d’ajouter que de toute façon, la Côte d’Ivoire poursuivra sa préparation selon le cahier des charges défini. « Nous n’avons pas été formellement saisi en tant qu’État » note par ailleurs l’officiel. Le directeur de cabinet du président ivoirien, interrogé par un autre média du pays, tient le même discours en affirmant que pour l’instant il s’agit d’un non événement. Quant à la fédération ivoirienne, elle affirme aussi dans un communiqué publié Mardi n’avoir jamais été associée ou même approchée par la CAF pour choisir l’option d’un glissement à 2023 en lieu et place de 2021. « Augustin SidyDiallo (président de la fédération ndlr) se trouvait à Accra pour assister à la finale de la CAN féminine et à aucun moment il n’a été informé par un quelconque dirigeant de la Confédération Africaine de Football de quoi que ce soit s’y rapportant » explique le communiqué. « La Fédération Ivoirienne de Football déplore cette manière de procéder » et s’est empressée « d’adresser un courrier à la CAF à ce sujet, en préservation des acquis afférents à la CAN 2021 » .

Chacun se fera son avis sur ce triste épisode initié par la CAF et ses atermoiements. Mais on peut déjà affirmer que les dégâts ne manqueront pas d’être importants, ne serait-ce qu’en termes d’image. A la suite de la mémorable débâcle des équipes africaines lors de la dernière Coupe du monde, proposer un tel spectacle en termes de gouvernance est particulièrement affligeant.

Mise à jour 10 Décembre : Concernant la CAN 2019 dont l’accueil a été retiré fin Novembre au Cameroun, Ahmad Ahmad annonce ce Lundi que le nouveau pays hôte sera désigné le 09 Janvier. Le Maroc fait toutefois figure de favori, la concurrence étant particulièrement restreinte. L’Égypte a indiqué il y a quelques jours qu’elle ne sera pas candidate. Samedi, le Congo via son ministre des sports a également annoncé sur RFI ne pas se porter candidat, contrairement à ce qu’avait avancé la veille toujours sur RFI, Constant Omari, l’un des vice-présidents de la CAF. Il ne reste potentiellement plus que l’Afrique du Sud qui pourrait faire face au Maroc si l’on en croit les rumeurs. Lancé le 06 Décembre, l’appel à candidatures pour l’accueil de la CAN 2019 sera clos Vendredi 14 Décembre.

(*) Version du 1er Février 2018

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