Droits médias de la CAN : les diffuseurs publics africains souhaitent une loi

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Samedi 10 Novembre, l’UAR a réuni à Abidjan plusieurs de ses membres éditeurs audiovisuels publics en Afrique. Au menu des discussions, l’examen des stratégies possibles pour contenir l’inflation des droits médias des compétitions sportives cycliques de premier plan organisés en Afrique. L’UAR et ses membres ont notamment dans leur viseur la prochaine CAN (Coupe d’Afrique des Nations) prévue en Juin et Juillet 2019 au Cameroun et dont les droits sont commercialisés par le français Lagardère Sports. Les participants ayant répondu à l’invitation de l’UAR à Abidjan ont justement commencé par rappeler le précédent avec l’agence française lors de la CAN Gabon 2017. Lagardère Sports avait à l’époque fixé à environ 1,6 million € le tarif par diffuseur en Afrique pour accéder aux droits médias de la compétition. Ce montant avait suscité une farouche opposition de la part des diffuseurs qui l’ont jugé disproportionné par rapport aux montants habituellement acquittés pour la CAN ou même pour la Coupe du monde FIFA 2014. Après de longues discussions menées par l’UAR, Lagardère Sports a finalement consenti des réductions sur le tarif affiché et surtout la mise en place d’une tarification par catégorie de pays. L’agence parisienne a aussi accordé à l’UAR et ses membres une acquisition groupée de plusieurs compétitions en plus de la CAN 2017.

S’inspirer de la directive TSF en Europe

Pour s’éviter un remake de cet épisode, les membres de l’UAR ont appelé à Abidjan à la mise en place d’une « loi relative aux conditions de retransmission des événements sportifs » . Pour les diffuseurs publics, une telle loi est la seule réponse possible à apporter pour se prémunir contre « la reproduction des griefs occasionnés par l’expérience de la CAN Gabon 2017 » expliquent-ils. Les membres de l’UAR reprennent à leur compte un souhait émis en Janvier 2017 par les Chefs d’États et de gouvernements de l’Union Africaine qui avaient émis l’idée de l’adoption d’une loi qualifiant d’importance majeure la CAN afin d’en rendre la diffusion accessible à tous. Une approche s’inspirant de la directive TSF (Télévision Sans Frontières) en Europe (*) qui garantit la diffusion free-to-air (en clair) à un coût raisonnable en dépit de la cession des droits à des éditeurs de télévision payante. Les dirigeants politiques africains dans leur déclaration de Janvier 2017 avaient par ailleurs dénoncé et condamné les coûts « prohibitifs et inconsidérés » des droits médias de la CAN. « Nos populations, partout en Afrique, se voient malheureusement empêchées et frustrées de suivre et de vivre avec joie, ces moments de liesse africaine en raison de la position monopolistique aux relents purement mercantiles, qu’exercent les lobbies et les puissances de l’argent internationaux sur le contrôle direct des droits de diffusion télévisuelle » avaient-ils particulièrement déploré. Seulement, avec le passage à 24 équipes participantes pour la Coupe d’Afrique des Nations, tous les observateurs s’accordent sur le fait que les coûts d’acquisition des droits médias de la compétition ne peuvent que subir une inflation. La CAF (Confédération Africaine de Football) appelle d’ailleurs de ses vœux une révision de l’accord commercial avec Lagardère Sports. L’organisateur de la CAN estime en effet qu’avec les nouvelles conditions sportives de la compétition, il est en droit d’obtenir un accord plus favorable financièrement. Ahmad Ahmad, président de la CAF, a récemment révélé que des discussions sur ce sujet étaient en cours avec Lagardère Sports. On pourrait donc assister à une opposition diffuseurs et dirigeants politiques d’un côté, CAF et Lagardère Sports de l’autre en ce qui concerne les droits médias de la CAN.

(*) Selon la directive TSF révisée de 1997, le public peut librement accéder à la diffusion d’événements sportifs jugés d’importance majeure pour la société ; chaque État membre peut en conséquence établir une liste d’événements pouvant être diffusés en clair, même si des droits exclusifs ont été acquis par des chaînes de télévision payante (source : EUR-Lex)

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