Kwesé revoit à la baisse ses ambitions et sort de la pay TV

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En Avril, Happens Africa estimait qu’il était indispensable pour Econet Media et sa marque vidéo Kwesé d’opérer des ajustements afin d’enrayer la mauvaise spirale du défaut de paiement dans laquelle elle était engluée vis-à-vis de plusieurs ayants droit. Nous n’avions cependant pas imaginé un scénario pouvant se solder par un exit du marché de la télévision payante. C’est pourtant l’option radicale qu’a choisie Jeudi 1er Novembre le groupe de Strive Masiyiwa, passant ainsi par pertes et profits 2 années d’investissements (acquisitions de licences pay TV, acquisition de filiales locales de MTG, acquisitions de droits premium pay TV, etc.) et d’efforts commerciaux (lancement commercial dans au moins 11 pays, etc.). Décevant aussi au passage les nombreux espoirs suscités auprès d’un public très enchanté de trouver en lui une alternative crédible à MultiChoice et StarTimes, notamment sur les marchés anglophones.

Mais est-ce réellement une surprise ? Tant les indices se sont accumulés depuis Mars 2018 et un premier exit de 6 chaînes propriétaires des bouquets commercialisés. En Avril, SportBuiness révèle des retards pour libérer les paiements convenus selon l’échéancier défini pour plusieurs droits sportifs premium achetés par le groupe audiovisuel. Depuis cette période, quasiment aucun nouveau pays n’a non plus été lancé. Pourtant l’issue positive au Zimbabwe en Mai avait laissé penser que le groupe poursuivait son plan d’expansion avec l’acquisition de nouvelles licences d’opérateur de télévision payante. Enfin, il y a eu en Juin et Juillet le (très) mauvais épisode de la gestion de la diffusion free-to-air en Afrique subsaharienne de la dernière Coupe du monde. Un épisode qui a révélé les carences et approximations de la machine Kwesé. Un épisode qui a probablement soldé le crédit résiduel qu’accordaient encore les ayants droit au jeune groupe audiovisuel plein d’ambition même s’il indique avoir globalement commercialisé 115 sous-licences en Afrique subsaharienne pour la Coupe du monde 2018.

Depuis Jeudi 1er Novembre donc, Kwesé limite désormais son périmètre d’activités à trois marques, selon le communiqué qu’il a diffusé. KFS (Kwesé Free Sports), sa chaîne propriétaire proposant en clair des programmes sportifs continuera à opérer. Les accords engageant cette marque avec des tiers distributeurs (par exemple OpenView en Afrique du Sud) ou éditeurs (RTS au Sénégal, RTI en Côte d’Ivoire, etc.) continueront à avoir cours. Kwesé ilfix, service SVOD né d’une prise de participation majoritaire de Econet Media au capital de iflix Africa, deviendra le premier réacteur du groupe. Kwesé Play, un player Roku lancé Septembre 2017 et commercialisé à date dans 3 pays (Afrique du Sud, Zimbabwe, Ghana) en sera le second. « Le recentrage de nos offres sur tous les marchés correspond à un alignement stratégique de notre activité en réponse aux tendances OTT et VOD qui constituent des opportunité des croissance importante pour Kwesé » explique Joseph Hundah, Président et CEO de Econet Media.

Mauvais choix stratégiques ?

Le dirigeant tente par ses propos de faire passer la pilule au marché en mettant en avant un nouvel étendard OTT et mobile qui ont certes toujours été au cœur de sa stratégie. Cela ne peut toutefois pas masquer son importante déconvenue sur la télévision payante où il n’aurait réussi à attirer que 120 000 abonnés après quasiment 18 mois de commercialisation selon une estimation de SportBusiness. Un volume trop faible pour espérer un début de rentabilisation des importants investissements consentis notamment pour l’achat de droits sportifs. Strive Masiyiwa semblait pourtant certain de son coup. Son approche marché pour tailler des croupières à MultiChoice paraissait crédible, surtout que son groupe avait annoncé un plan à 1,2 milliard $ entre 2017 et 2021 pour financer les contenus. Mais le niveau déjà élevé de l’endettement global de Econet a dû contraindre le groupe à revoir à la baisse ses ambitions. La stratégie du pricing flexible paraissait par ailleurs particulièrement imparable face à la puissance commerciale du pôle vidéo de Naspers en dépit de la faible sécurité qu’elle implique en termes de collecte de revenus. Elle a d’ailleurs inspiré d’autres parties prenantes du marché, en l’occurrence StarTimes qui l’a dupliquée depuis plusieurs mois au Nigéria, au Kenya, etc. Mais au final, cela n’aura pas suffi. Bien au contraire, entre Octobre 2017 et Mars 2018, MultiChoice a engrangé 1,24 million de nouveaux abonnés quand Kwese restait cantonné au-dessus de 100 milles abonnés.

En ce qui concerne le recentrage OTT, des questions demeurent. Implique-t-il que Econet Media renoncera définitivement à l’acquisition de droits sportifs ? Ou adoptera-t-il une approche semblable à celle de la plateforme DAZN du groupe Perform ? Dans le cas échéant, quelle marque audiovisuelle sera exploitée pour diffuser en OTT étant donné que KS 1 & 2 (Kwesé Sports) sont abandonnés. Kwesé Play ? Kwesé iflix ?

La roue tourne

L’exit de Econet Media du marché de la télévision payante ramène structurellement le marché à trois interlocuteurs pour les ayants droit. Sur les territoires anglophones, MultiChoice et SuperSport retrouvent leur quasi hégémonie, Kwesé ayant été le seul capable de la contester ces deux dernières années en soufflant à Gideon Kobane (CEO de SuperSport) les droits en Afrique de la NBA, de la Formule E, de compétitions d’athlétisme, etc. et en partageant avec lui ceux de la Coupe du monde. Strive Masiyiwa et Joseph Hundah avaient également eu des velléités en ce qui concerne la Premier League, dont ils ont les droits actuels en clair. SuperSport a toutefois réussi à sécuriser en pay TV le championnat anglais pour le prochain cycle (2019/20 – 2021/22). Il a en outre repris la Serie A italienne.

Comme l’a laissé entendre Mercredi Maxime Saada, patron de Canal+, en annonçant avoir repris en France à SFR et RMC Sport les droits de la Premier League pour le cycle 2019/20 – 2021/22, la roue tourne. SuperSport a su faire le dos rond face aux attaques de Econet Media qu’on pourrait maintenant qualifier d’éclair. Il a de nouveau le champ libre pour ramener dans son giron les uns après les autres l’ensemble des droits linéaires qu’il a perdus. A moins que le chinois StarTimes n’en décide autrement. Ce dernier a sécurisé le championnat allemand pour plusieurs saisons. Il fut aussi de la partie en ce qui concerne la diffusion pay TV de la Coupe du monde. Il multiplie les acquisitions très longue durée (10 ans) de droits de championnats locaux. L’exit de Kwesé de la télévision payante suscitera peut-être chez lui davantage d’ambitions. Canal+ qui pouvait pour sa part craindre une incursion du groupe de Strive Masiyiwa et Joseph Hundah dans la télévision payante sur les marchés francophones, à l’instar de StarTimes en RD Congo, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, s’évite un concurrent. Le groupe français n’échappera toutefois pas à un affrontement avec son compatriote Free qui a déjà acquis une licence de distributeur audiovisuel en Côte d’Ivoire. Au Sénégal, il est partie prenante du consortium qui a repris Tigo via lequel il pourrait aussi lancer un service de télévision payante, à l’instar de la Sonatel et son service IPTV la TV d’Orange (qui commercialise par ailleurs les bouquets Canal+) dont le nombre d’abonnés reste cependant confidentiel.

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