Au Ghana aussi StarTimes suscite une levée de boucliers

StarTimes décodeurs _400x400

StarTimes subit depuis une quinzaine de jours un feu nourri de critiques au Ghana. Divers regroupements professionnels et même politiques expriment de vives inquiétudes sur fond de suspicion d’un projet d’accaparement du marché local de la TV par l’opérateur chinois, suspicion renforcée par son retour dans le processus de basculement TNT pour finaliser la mise en place de l’infrastructure technique de transport et de distribution du signal de la télévision numérique.

La télévision numérique dans 300 villages

Le facteur déclencheur de la bronca contre l’opérateur chinois fut le volet local du programme initié par la Chine pour porter la télévision numérique par satellite dans 10 000 villages en Afrique. Début Septembre, Nana Akufo-Addo, président du Ghana, rencontre le président de StarTimes en marge du FOCAC (Forum on China-Africa Cooperation) en Chine. A cette occasion, l’opérateur a rappelé son engagement à mettre en oeuvre le programme au Ghana et annonce même que le lancement sera effectué dans les semaines suivantes. Quelques jours plus tard, le GIBA (Ghana Independent Broadcasters Association), représentant un ensemble d’éditeurs et d’opérateurs audiovisuels, révèle certains aspects financiers du projet, en l’occurrence une exonération de droits de porte d’environ 630 000 $ accordées à StarTimes pour importer les équipements destinés à la mise en oeuvre du programme. Pour l’organisation ainsi que pour divers observateurs, une telle exonération n’a pas lieu d’être car elle offre un avantage concurrentiel à StarTimes. Le GIBA interroge en outre l’opérateur et le gouvernement sur l’aspect patrimonial de l’infrastructure à déployer pour opérer le projet. La propriété de ladite infrastructure sera-t-elle à terme transférée à l’Etat via le CDTCL (Central Digital Transmission Company Limited), organisme chargé de piloté la TNT dans le pays ? Le GIBA pointe le flou entourant cet aspect tout en relevant que dans le cas où cette infrastructure ne rejoindrait pas le patrimoine public, elle entrerait en conflit avec le processus national de basculement vers la TNT. Que feront en effet les foyers TV des villages couverts par le programme lorsque sera enfin disponible le signal TNT transportant une offre gratuite de chaînes ? Abandonneront-ils les équipements (décodeurs) fournis StarTimes pour en acquérir de nouveaux ? Rien n’est moins sûr. Ils garderont très probablement plutôt les équipements de l’opérateur chinois dont la plateforme leur donnera accès à l’offre de chaînes de la TNT gratuite. Ce qui en soi représente un avantage concurrentiel pour StarTimes, surtout que l’opérateur aura bénéficié d’avantages fiscaux pour occuper en premier le terrain même s’il ne s’agit que de quelques localités rurales et seulement 6 000 foyers potentiellement abonnés. En dépit de la grogne du GIBA, le programme a officiellement été lancé Mercredi. Il offre des décodeurs à un ensemble de foyers ainsi qu’un bouquet de 20 chaînes accessible gratuitement pendant 6 mois et ensuite au tarif mensuel de 3,14 $ environ.

Le remplacement de K-Net renforce la suspicion

Mais une autre information est venue renforcer la suspicion de l’association d’éditeurs et opérateurs. K-Net, entreprise locale ayant la charge de la construction du réseau et de l’infrastructure nécessaire pour opérer la TNT au Ghana se met en retrait pour être remplacée par StarTimes. Selon le ministère de la communication, le changement de partenaire technique serait dû aux difficultés financières que connaîtrait en ce moment K-Net. C’est donc StarTimes qui va achever la réalisation des travaux préparatoires au basculement vers la TNT. Mais pour le GIBA et le MFWA (Media Foundation for West Africa), il s’agit ni plus ni moins d’un indice supplémentaire révélant la volonté d’accaparement du marché audiovisuel local par StarTimes. Surtout que l’opérateur chinois avait perdu une première fois en 2014 la bataille de la TNT ghanéenne. Le contrat qu’il avait remporté en 2012 pour mettre en place l’infrastructure technique contre 95 millions $ a été annulé deux ans plus tard, le financement nécessaire n’ayant pu être bouclé. Il avait à l’époque tenté par voie judiciaire de sauver l’opération accusant l’Etat d’annulation arbitraire. Sans succès. En Octobre 2015, le gouvernement signe un nouveau contrat, cette fois avec une entreprise locale, K-Net. Le retour en jeu de StarTimes il y a quelques semaines paraît en conséquence suspect pour ses détracteurs. Pour ne rien arranger, le gouvernement annonce que K-Net va bénéficier d’un remboursement des droits de porte qu’il a dû acquitter lors de l’importation d’équipements destinés à l’infrastructure TNT. Pour les observateurs, K-Net aurait dû dès le départ, comme l’opérateur chinois dans le cadre du programme 300 villages, bénéficier d’une exonération. Si cela avait été le cas, les difficultés financières ayant conduit à sa mise en retrait n’auraient peut-être pas eu cours.

Les prérogatives du CDTCL sont inaltérables

Du côté du gouvernement, on tente du mieux possible de rassurer les parties prenantes au processus et le marché en rappelant que StarTimes n’assurera de toute façon pas la gestion de l’infrastructure qu’il achèvera de mettre en place. Il ne se verra pas non plus confier la gestion des opérations de multiplexage ni celles de transport et de distribution du signal. Ces prérogatives sont exclusivement attribuées à l’organisme public créé à cet effet, le CDTCL (Central Digital Transmission Company Limited). La mise au point du gouvernement ne suffit toutefois pas à faire redescendre la pression. Le GIBA, principal opposant à ce qu’il considère comme la main mise de StarTimes sur le paysage audiovisuel ghanéen, tente de rallier des parlementaires à sa cause. Il a par exemple rencontré Jeudi les membres de la commission parlementaire chargée de la communication. L’opposition parlementaire, minoritaire, souhaite pour sa part que la ministre de la communication vienne s’expliquer devant l’assemblée pour apporter tout l’éclairage nécessaire aux parlementaires. La controverse est donc loin de retomber.

StarTimes opère au Ghana depuis Octobre 2016 où il commercialise ses traditionnelles offres de télévision payante par satellite et via le réseau terrestre. C’est la première fois qu’il fait face à une telle défiance. Au Sénégal aussi, quelques nuages sont venus assombrir l’horizon de l’opérateur. Le CNRA, régulateur audiovisuel de ce pays, a déclaré début Septembre illégales les activités de l’opérateur chinois sur le marché sénégalais. L’opérateur national de la plateforme TNT, Excaf, est par ailleurs vent debout contre l’incursion de StarTimes. C’est dire combien les eaux paraissent troubles en ce moment pour StarTimes. Mais fort des ressorts institutionnels (les accords entre les Etats concernés avec la Chine) sur lesquels il peut compter, l’opérateur trace pour l’instant sa route. Pour rappel, il est détenteur des droits TV du championnat local de football de premier division, Ghana Premier League, pour 10 saisons depuis la saison 2016-2017.

Partager

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.