Le marché du mobile ralentit en Afrique subsaharienne en 2017

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GSMA Intelligence a publié il y a quelques semaines, en marge de Mobile 360 Africa, sa traditionnelle étude annuelle analysant le marché du mobile en Afrique subsaharienne. L’un des principaux enseignements est la confirmation du passage à un chiffre du taux de croissance du nombre d’abonnés uniques. Alors que depuis le début de la décennie 2010 la croissance annuelle du nombre d’abonnés uniques a toujours été de 2 chiffres, il est passé pour la première fois à un chiffre (7,52%) en 2016. L’an dernier, la croissance s’est à nouveau maintenue à un chiffre (6,58%) en continuant par ailleurs à reculer, signe d’un essoufflement du marché. C’est aussi le cas pour le multi-abonnements avec seulement 2,19% de progression entre 2016 et 2017 en ce qui concerne le nombre total de lignes mobiles actives dans la région (747 millions au dernier trimestre 2017). L’association internationale d’opérateurs évoque les problèmes d’accessibilité (revenu par habitant, instabilité économique, instabilité politique) aux services et la jeunesse de la population comme facteurs explicatifs du ralentissement observé. Pour la GSMA, les relais de croissance seraient dorénavant à rechercher sur les marchés ruraux et à faible ARPU (average revenue per user), ceux-là mêmes qui sont jusque là délaissés par les opérateurs selon les observations de Qwickfone. Le public actuel des moins de 16 ans (40% de la population subsaharienne selon des données de la Banque mondiale reprises par GSMA Intelligence) représente également un intéressant futur relais de croissance note GSMA Intelligence qui reprend là une observation qu’il avait déjà faite dans la précédente édition de son étude sur l’Afrique subsaharienne.

Evolution du taux de croissance du nombre d’abonnés uniques en Afrique subsaharienne – GSMA Intelligence | Happens Africa

La 3G portera encore plusieurs années le marché de la data

Globalement, la région se maintient à 44% de pénétration en considérant le nombre d’abonnés uniques s’élevant à 443,7 millions au dernier trimestre 2017. En ce qui concerne la data, GSMA estime que 2018 et 2019 représenteront un point de bascule vers le haut débit mobile avec la 2G qui deviendra pour la première fois minoritaire au bénéfice notamment de la 3G qui s’installera comme le mode d’accès dominant à la data mobile. L’association observe que de nombreux opérateurs de la région investissent encore de façon importante dans les réseaux 3G, tant pour améliorer et étendre la couverture de l’existant, tant pour en déployer de nouveaux. La GSMA cite l’exemple de Airtel Ghana qui a annoncé au second semestre 2017 un important investissement pour améliorer et étendre son réseau 3G dans le pays en mobilisant la bande des 900 MHz, notamment dans les régions rurales. Il aurait par ailleurs été encouragé par le régulateur local qui a invité les opérateurs à se saisir de cette bande de fréquences pour déployer des services 3G. Selon la GSMA, l’intérêt maintenu des opérateurs pour la 3G dans la région subsaharienne se justifie par deux considérations :

  • le très large usage de feature phones (60,8% des livraisons de mobiles dans la région au premier trimestre 2018) et donc de la voix, couplé avec la faible pénétration des smartphones (34% fin 2017 selon GSMA) consommateurs de data ; cet état du marché rend très prudents les opérateurs en termes d’investissements sur la 4G, ces derniers estimant que pour l’instant les réseaux 3G restent pertinents et suffisants pour couvrir les besoins voix et data
  • la relative non disponibilité de fréquences adaptées dans la région ; au lieu d’espérer une hypothétique prochaine libération de fréquences (notamment celles du dividende numérique), les opérateurs préfèrent se saisir de la bande des 900 MHz pour déployer des offres 3G.

Cela dit, des réseaux LTE continuent d’être lancés, certes en nombre restreint. Au cours du premier semestre 2018, l’association a par exemple dénombré 6 nouveaux déploiements, portant le total installé dans la région à 120 réseaux 4G selon son décompte. Fin 2017, le nombre de connexions 4G représentait tout juste 4% des connexions mobiles, soit environ 29,9 millions d’utilisateurs. En ce qui concerne la 5G, comme Ovum et d’autres, l’association estime également à 2021 l’année de première commercialisation. Plusieurs opérateurs sud-africains ont par exemple initié des tests cette année.

Environ 40 milliards $ de revenus annuels depuis 2015

Au plan économique, les chiffres délivrés par la GSMA interrogent davantage. Depuis au moins 2015, la croissance du chiffre d’affaires annuel cumulé de l’ensemble des opérateurs mobiles de la région reste assez faible (environ 37,8 milliards $ en 2015 ; environ 39,5 milliards $ en 2017), en lien avec les observations de ralentissement déjà évoquées plus haut. L’organisme note toutefois que la progression de la part de revenus générée par la data reste forte en dépit des difficultés d’accessibilité soulignées auparavant. Face au ralentissement général noté, les opérateurs déploient diverses stratégies pour comprimer les coûts. GSMA présente l’exemple de Vodacom en Afrique du Sud qui a développé l’usage de chatbots en termes de gestion de la relation client pour réduire la pression (et le personnel) sur les centres d’appels. Selon GSMA Intelligence, après l’avoir éprouvée localement, le telco sud-africain commence à déployer cette approche sur ses autres marchés dans la région.

Quant à la plus-value apportée à l’économie par l’industrie du mobile, elle semble aussi stagner autour de 110 milliards $ par an, dont 30 milliards $ en 2017 provenaient directement des activités des opérateurs mobiles et 10 milliards de leurs intrants (achat de services d’énergie, achat de services IT, achat de services de transport, etc.). La plus forte progression de la plus-value générée par le secteur remonte à 2013 – 2014 où l’industrie avait généré un supplément de 27 milliards $ en 12 mois en passant de 75 milliards $ en 2013 à 102 milliards $ en 2014. La stagnation observée au niveau des indicateurs économiques impacte de facto la contribution (hors frais liés aux fréquences, amendes et autres contributions réglementaires comme le financement du service universel) du secteur aux finances publiques (TVA, droits et taxes de douane, sécurité sociale, impôts sur les sociétés, etc.) qui stagne elle aussi, autour de 13 milliards $ par an.

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Crédit photo : © digital.democracy – Visualhunt.com

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