MultiChoice prépare une offre pay TV exclusivement OTT

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Le marché sud-africain de l’audiovisuel va probablement connaître des évolutions structurantes dans les mois à venir. 2019 s’annonce comme une année de rupture par rapport à l’état actuel du marché. En 2017, le régulateur local, ICASA (Independant Communications Authority of South Africa), avait présenté les premières conclusions de son analyse de l’industrie audiovisuelle et évoqué les points sur lesquels il est nécessaire qu’elle évolue en vue d’assurer la pérennité de tous les concurrents directs et indirects. Il avait notamment proposé des pistes pouvant conduire à un allotissement des droits sportifs. Un cas de figure pouvant être problématique pour MultiChoice. Diverses parties prenantes du marché, à l’instar de Kwesé (Econet Media) et e.tv, avaient exprimé leur satisfaction par rapport à cette proposition. Sans plus ! On en était alors resté là.

MultiChoice fait pression sur les régulateurs

Mais depuis quelques jours, le sujet fut remis au cœur de l’actualité, l’ICASA ayant effectué une série d’auditions et de consultations de l’ensemble des parties. Et cette fois, ça ne rigole plus. Les couteaux et les colts sont de sortie. Chacun semble affûter lame et détente afin d’être prêt pour une bataille qui pourrait s’avérer sanglante. Etant classiquement dans la ligne de mire des autres acteurs du marché, MultiChoice, plus de 98% de part de marché en valeur, fut le premier à lancer les hostilités. Sa cible, les services vidéo OTT, surtout Netflix et Prime Video (Amazon) ! La filiale de Naspers estime que ces plateformes SVOD « non régulées » lui ont coûté plus de 100 000 abonnés premium lors de son dernier exercice fiscal. Ce parc premium était en tout cas en recul de 3,7% lors de son semestre clos le 30 Septembre 2017. La récente étude ViewScape de Gfk tend également à confirmer cette tendance en révélant que 20% des sud-africains s’abonnant à des services SVOD le font dans une optique de cord-cutting à terme. Face à cet état de fait, MultiChoice invite l’ICASA à davantage réguler le segment de la vidéo OTT dans le pays. Pour Calvo Mawela, CEO Afrique du Sud de MultiChoice, concentrer toute la pression sur le linéaire en donnant carte blanche aux services OTT aura un impact fort négatif sur l’industrie audiovisuelle et pourrait constituer une menace pour le maintien de nombreux emplois. Le dirigeant souhaite également que l’administration fiscale se penche plus sérieusement sur les taxes pouvant être mises en place pour les plateformes OTT afin que ce ne soit plus le seul segment linéaire qui supporte toute la pression fiscale pesant sur l’industrie audiovisuelle locale. Le FPB (Film and Publication Board) avait dans ce sens suggéré en 2017 des frais de licence par titre et par saison à acquitter par les services SVOD pour leurs catalogues commercialisés en Afrique du Sud. Calvo Mawela ne rappelle toutefois pas dans sa communication offensive que MultiChoice opère DStv Now, un service vidéo OTT à date proposé aux abonnés premium dont la perte semble justifier la violente charge menée contre Netflix et consorts. Il n’évoque pas non plus ShowMax, le service SVOD maison (Naspers) lancé dès 2015 dans le but d’occuper le terrain avant l’entrée de Netflix plus tard sur le marché. ShowMax bénéficie par ailleurs des mêmes conditions opérationnelles que les autres plateformes cibles de MultiChoice. Ses activités sont toutefois soumises au paiement de l’impôt (de manière directe ou de manière consolidée dans Naspers) comme toutes les plateformes éditées en Afrique du Sud. Contrainte à laquelle n’est pour l’heure pas assujettie Netflix Prime Video et tous les services édités hors du pays.

Un DStv OTT en stand-alone

Pour sa part, Netflix a pris la parole pour rappeler son attachement au respect des règles de chaque pays dans lequel il opère. Le service s’est en conséquence engagé à suivre la réglementation locale et acquitter les frais et taxes qui seront définis pour le marché sud-africain. Il s’est toutefois abstenu de commenter les estimations de Calvo Mawela évoquant un parc local d’abonnés se situant entre 300 et 400 milles.

Quant à MultiChoice, il a annoncé Mardi qu’il prépare pour 2019 un nouveau service OTT prévu pour être commercialisé en stand-alone. Calvo Mawela explique qu’il sera similaire à l’actuel DStv à la différence qu’il sera exclusivement accessible online. L’opérateur pay TV ne se contente donc pas de « tirer » sur les plateformes OTT. Il veut davantage coller aux nouvelles habitudes des consommateurs de contenus audiovisuels et opposer aux plateformes internationales une concurrence encore plus farouche. « Je peux le confirmer. Oui nous travaillons sur une offre DStv sans antenne, exclusivement online, presqu’une duplication de ce qu’est DStv aujourd’hui » a déclaré le CEO à nos confrères de Channel24. Il n’a cependant annoncé aucune date précise de lancement du nouveau service.

e.tv défend le FTA

Pendant que MultiChoice s’occupe du cas des services OTT, e.tv, l’un de ses plus farouches opposants, notamment sur la question du chiffrement du signal TNT, alerte le régulateur sur les risques pesant sur la viabilité du segment de la télévision gratuite (FTA) en raison de l’ultra domination de la télévision payante et de DStv. Ce petit opérateur invite le régulateur à prendre des mesures « pour préserver la viabilité du segment FTA au sein de l’industrie audiovisuelle« , car si rien n’est fait pour garantir la survie des services audiovisuels FTA, c’est le principe même de la « construction nationale » qui pourrait être menacé. Pour justifier son propos, l’opérateur rapporte par exemple un recul du nombre de foyers TV FTA (8,4 millions en 2012 contre 8,1 millions en 2016) ces dernières années quand celui du nombre de foyers pay TV progresse de plus de 50% (3,9 millions en 2012 pour 6,2 millions en 2016) dans le même temps. Il indique que parallèlement, le segment pay TV, c’est-à-dire essentiellement MultiChoice, a capté 48% des revenus du marché de la pub TV en 2016 (contre 41% en 2012). Une limitation de « l’accès des services de télévision payante aux marchés de la publicité doit être mise en oeuvre sans délai » analyse-t-il en conséquence, car pour les acteurs FTA cette situation constitue une double peine qui à terme menace leur survie.

Un vrai panier de crabes le marché audiovisuel sud-africain !

 

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