Kwesé : la machine s’enraye-t-elle … déjà ?

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Dans son numéro du 13 Avril, le rapport TV Sports Markets publié de façon bimensuelle par SportBuiness évoque une mauvaise passe que traverserait actuellement le sud-africain Kwesé, nouvel acteur majeur du marché de la pay TV en Afrique subsaharienne initié il y a un peu plus d’un an par le zimbabwéen Strive Masiyiwa. Selon les infos de SportBusiness, le trublion, dont l’ambition n’est autre que de réduire l’hégémonie de SuperSport et MultiChoice sur le marché des contenus sport premium dans la région, aurait manqué depuis Janvier 2018 de tenir ses engagements financiers à l’égard des ayants droits en ce qui concerne la Coupe du Monde FIFA 2018, l’Euro 2020, la NBA, La Ligue des Nations de l’UEFA, les contenus fournis par ESPN ainsi que l’exploitation de la marque ESPN, etc. Clairement, l’opérateur n’aurait pas acquitté à échéance les versements convenus avec lesdits ayants droits. Interrogée par SportBusiness, une source proche de l’un des ayants droits se veut cependant rassurante en indiquant que la situation actuelle n’est pas de nature à modifier la relation de confiance avec Kwesé. Elle ajoute croire que les paiements interviendront plus tard.

Des investissements plus élevés que prévus

Du côté de Kwesé, on se veut aussi rassurant. Joseph Hundah, Directeur exécutif de l’opérateur, déclare par exemple à SportBusiness que le groupe est en contact permanent avec ses partenaires qui seraient extrêmement compréhensifs et feraient par ailleurs montre « d’une pleine confiance dans le modèle économique » . Il reconnaît toutefois que la construction du portefeuille de droits tel que voulu par Kwesé se révèle plus coûteux « qu’initialement prévu » . Pour les observateurs, les difficultés de trésorerie rencontrées par le groupe sud-africain proviennent essentiellement du coût élevé engendré par sa stratégie d’expansion rapide (acquisition de licences d’opérateur pay TV, déploiement d’équipes locales, investissements marketing sur chaque marché) dans la région avec 13 pays déployés à date pour la pay TV. Les importants investissements consentis également pour remporter très vite (Kwesé opère depuis moins de 2 ans) de très nombreux droits sportifs pèsent également. De l’avis de certains, le sud-africain a probablement ou souvent acheté à des tarifs trop élevés certains droits dans son ambition de coiffer au poteau MultiChoice. Un parallèle peut être fait en France avec Altice SFR qui a surenchéri pour remporter les droits de l’UEFA Champions League pour le cycle débutant en 2018/19 devant beIN et Canal+, mais se retrouve aujourd’hui contraint de négocier avec le marché pour céder des sous-droits ou faire distribuer ses chaînes sport en vue d’amortir un minimum l’investissement. Enfin, la base d’abonnés payants qu’a réussi à construire Kwesé en un peu plus d’un an est encore trop faible, environ 120 000 selon SportBusiness (*), pour rentabiliser les investissements réalisés, sans oublier que son positionnement se fonde aussi sur des tarifs accessibles.

Des ajustements nécessaires

L’apparition de ces premières difficultés dans le plan de financement de Kwesé peuvent interroger quant à la pérennité du modèle. L’objectif d’au moins 1 milliard $ avancé en ce qui concerne une potentielle IPO de la maison mère Econet cette année à Londres pourrait certainement soulager la trésorerie quelques mois. Mais pour rentabiliser les investissements, il va probablement falloir opérer des ajustements. Et les possibilités ne sont pas infinies. Sur le linéaire, le groupe a récemment réduit la voilure en ce qui concerne les chaînes TV propriétaires. Sur le sport, il faudra probablement céder davantage de sous-droits, ou développer de façon substantielle la commercialisation des chaînes sport en les plaçant dans les bouquets de concurrents comme TStv très en demande par exemple au Nigéria. Sur le digital, le potentiel de revenus est encore trop faible pour l’instant même si les accords de commercialisation avec les telcos peuvent être multipliés.

 

(*) Le détail de ce chiffre n’est pas disponible. S’agit-il d’abonnés acquis exclusivement en direct ? Ou les abonnés acquis via les opérateurs télécoms (par exemple MTN au Nigéria, Orange au Botswana, etc.) font-ils aussi partie de ce décompte ?

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