MultiChoice ne distribuera plus ANN7 après Août 2018

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Mercredi, MultiChoice a organisé une conférence de presse réunissant pour l’occasion Calvo Mawela (CEO Afrique du Sud de MultiChoice), Don Eriksson (comité d’audit interne de MultiChoice) et surtout Bob van Dijk (CEO de Naspers). Ce beau monde s’est présenté devant la presse pour évoquer les résultats des investigations conduites en interne par rapport aux allégations de collusion entre MultiChoice et ANN7, allégations ayant été abondamment commentées dans la presse, dont nos colonnes, ces derniers mois. Desdites investigations, conduites sous la direction de Don Eriksson qui a présidé les comités d’audit et risques, il ressort que des manquements et erreurs de procédure ont bien été commis dans le cadre des négociations pour le renouvellement de l’accord de distribution avec ANN7 (Africa News Network 7), chaîne d’info et ex-actif de la très controversée famille Gupta. Les dirigeants présents devant la presse n’ont cependant pas longuement explicité les manquements et erreurs relevés. Par contre, ils affirment qu’aucun fait avéré de corruption n’est apparu. « Aucune corrélation entre les paiements effectués au bénéfice de ANN7 et le lobbying effectué par MultiChoice (pour un non cryptage du signal TNT ndlr) n’a été identifiée » précise un communiqué. Autrement dit, les allégations de collusion relayées par la presse se révèlent infondées. Ils annoncent pourtant que le board de MultiChoice, soutenu en arrière-plan par Naspers, a décidé de ne pas renouveler l’accord de distribution de ANN7 arrivant à échéance en Août de cette année. Cette décision se justifie selon Bob van Dijk par toute l’opprobre dont a été couvert son groupe depuis plusieurs mois à cause de cette affaire. « Les infos publiées en Novembre ne sont certainement pas le genre de message que l’on souhaite voir à propos de son entreprise » a-t-il indiqué. Le groupe cède donc face à la pression populaire et des médias.

Mais on peut aussi lire entre les lignes que le pouvoir devant bientôt changer de mains en Afrique du Sud, pour atterrir dans celles de Cyril Ramaphosa annoncé comme le très probable remplaçant du plus en plus isolé Jacob Zuma, MultiChoice et Naspers prennent simplement les devants en initiant les actions jugées utiles pour être en bonne intelligence avec la prochaine administration. Cyril Ramaphosa clame en effet auprès de qui veut l’entendre que l’Afrique du Sud changera d’ère sous sa présidence. Il affiche en étendard ses bonnes intentions pour faire reculer la corruption dans le pays, et surtout il se tient loin des Gupta.

A MultiChoice, pour remplacer ANN7 dans les bouquets commercialisés, on pense à une autre chaîne d’info, mais cette fois propriété d’un éditeur du black empowerment. Le groupe audiovisuel explique que ce choix vise à mieux diffuser la voix et l’opinion des populations noires, majoritaires dans le pays. Alors même que l’actuel propriétaire, contractuellement en tout cas, de ANN7 est déjà issu du black empowerment, même s’il a acquis la chaîne via un vendor-financed deal, les Gupta lui ayant fourni le financement nécessaire pour reprendre la chaîne. La ligne éditoriale n’a donc pas pu évoluer pour tendre vers ce que souhaite aujourd’hui le distributeur pay TV. Des consultations seront donc bientôt lancées pour identifier la chaîne qui remplacera l’indésirable ANN7.

Doutes non levés

Pour l’Alliance démocratique, parti politique local qui était monté au créneau pour dénoncer la présumée collusion entre MultiChoice et ANN7, tout n’est pourtant pas encore dit. « Bien que nous accueillons favorablement la décision de MultiChoice de revoir son accord de distribution avec la chaîne ANN7 ayant appartenu aux Gupta, il est difficile d’évaluer avec objectivité les résultats de leurs investigations sans avoir un accès au rapport complet » a déclaré Madame Phumzile Van Damme, membre du parti. « Une déclaration de presse, pauvre en détails, admettant vaguement que des erreurs ont été commises, tout en ne désignant aucun responsable pour ces erreurs, ne suffit pas. … Le public a besoin de connaître toute la vérité sur les discussions ayant eu cours entre MultiChoice, ANN7 et la SABC » poursuit-elle.

D’autres observateurs locaux abondent dans le sens du parti en relevant que bien des questions demeurent. Rebecca Davis par exemple, du Daily Maverick, en soulèvent  quelques unes : pourquoi Imtiaz Patel, CEO de MultiChoice, avait affirmé en 2013 que le distributeur ne rémunérera pas ANN7 pour sa distribution au sein des ses bouquets alors que le contraire est aujourd’hui avéré ? Qu’a demandé MultiChoice aux Gupta en échange de la rémunération de leur chaîne ? Pourquoi le distributeur se décide-t-il seulement maintenant à ne pas renouveler l’accord de distribution de ANN7 ? D’ailleurs, le régulateur audiovisuel local vient d’annoncer il y a quelques jours son intention de mener une enquête sur les allégations relayées dans la presse.

Inquiétude des éditeurs

Du côté des éditeurs, regroupés au sein du SANEF (South African National Editors’ Forum), c’est l’inquiétude qui prévaut plutôt. Ils estiment que la décision du distributeur pay TV crée un précédent négatif pouvant avoir un impact sérieux sur la liberté de la presse. « Nous espérons que la décision de MultiChoice n’a pas été influencée par les derniers développements dans le paysage politique et par les attaques des personnes n’approuvant pas les préférences politiques affichées par la chaîne. … La liberté de la presse est sacro-sainte et elle a besoin d’être protégée contre les intérêts politiques et économiques et nos pensées vont à tous les journalistes de ANN7″ déclare l’organisation dans un communiqué de presse. C’est aussi peu ou prou la position exprimée par le gouvernement par la voix de la ministre de la communication. « Je souhaite exprimer ma déception sur le fait que les abonnés de DStv n’auront plus accès  à la pluralité des opinions à laquelle contribuait ANN7 dans le paysage média du pays. … Cependant, il y a une leçon à tirer pour l’avenir, le gouvernement devant examiner comment les politiques actuelles sont structurées par rapport à la diversité croissante de la propriété des médias » a-t-elle expliqué à travers un autre communiqué.

Back to Février 2017

Pour rappel, le souhait d’une partie du public sud-africain de voir « dégagée » la chaîne ANN7 des bouquets de MultiChoice ne date pas d’il y a quelques mois. En Février 2017, bien avant les GuptaLeaks, une pétition en ligne avait déjà été initiée pour inciter le distributeur à extirper la chaîne de ses bouquets. En 5 jours, elle avait recueilli plus de 11 000 signatures. Les pétitionnaires accusaient la chaîne des Gupta de propagande politique, de couverture biaisée de l’actualité, de volonté de créer de la division. A l’époque, MultiChoice avait déjà botté en touche et simplement conseillé à ses abonnés d’adresser des signalements au régulateur, excluant de « débrancher » la chaîne ou d’intervenir pour infléchir sa ligne éditoriale. Les faits l’ont finalement conduit à revenir sur sa position.

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