MultiChoice – ANN7 : Pomerantz veut initier une class action

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MultiChoice, et indirectement Naspers, semblent être sérieusement à leur tour touchés par les GuptaLeaks, l’un des plus importants scandales politico-économiques que l’Afrique du Sud ait connu ces dernières années. Très introduite dans les cercles de pouvoir du pays (on leur prête une influence directe sur Jacob Zuma en personne), la famille Gupta aurait, selon les centaines de mails révélés il y plusieurs mois, exercé une influence quasi-permanente sur de nombreux choix stratégiques, et parfois régaliens, en Afrique du Sud. Les contenus des GuptaLeaks et leurs suites ont déjà contraint à la démission de nombreux responsables publics et d’entreprises dans le pays, ainsi qu’à un acte de contrition de Bell Pottinger (l’agence RP britannique a même été bannie par la profession au Royaume-Uni et serait actuellement entrain de ses chercher un repreneur après avoir perdu de nombreux annonceurs importants en raison du Gupta gate), McKinsey, KPMG, etc. Jusqu’à présent, Happens Africa a fait le choix de ne pas traiter cette actualité en raison de leurs relents politico-financiers, et même « racistes » sous certains aspects. Trop éloignée de notre positionnement éditorial avions-nous tranché. Mais les derniers développements, touchant cette fois directement MultiChoice (et Naspers), un acteur majeur du marché de l’audiovisuel en Afrique, nous ont fait revenir sur notre position.

Pour un non chiffrement du signal TNT

En effet, depuis plusieurs semaines, le parti de l’Alliance Démocratique, déjà à l’origine de la chute du britannique Bell Pottinger, tape à bras raccourcis sur MultiChoice, à la suite de révélations pointant le flou entourant le montant payé par le distributeur à la chaîne d’infos ANN7, anciennement détenue par les Gupta. Ces derniers avaient dans l’urgence imaginé un dispositif pour transférer cet actif audiovisuel à un acquéreur, ayant par ailleurs déclaré dans la presse avoir eu recours à un emprunt auprès de la même famille Gupta pour financer l’opération. Tout ça ne fut que jeu d’écritures semble-t-il. Depuis donc, l’Alliance Démocratique et d’autres en Afrique du Sud ont enjoint MultiChoice de lever ce flou en rendant public le contrat de licence qui le lie à ANN7, ce à quoi l’opérateur a opposé un refus pour raison de secret commercial. Cependant, des investigations rapportées dans la presse locale et reprises par le cabinet d’avocats américain Pomerantz ont fait état d’un triplement ces deux dernières années de la redevance acquittée par MultiChoice au bénéfice de ANN7, passant d’environ 3,7 millions $ à 10,4 millions $, en contrepartie de l’intervention des Gupta pour orienter le choix du Ministère de la communication, dirigé à l’époque par Faith Muthambi, en ce qui concerne le chiffrement du signal TNT. Il faut rappeler que depuis 2015, un procès d’intention est fait à MultiChoice accusé de faire feu de tout bois pour empêcher l’avènement du chiffrement du signal TNT. Les détracteurs du groupe audiovisuel expliquent en effet que ce dernier oeuvre ainsi car un chiffrement du signal TNT peut rendre attractive la plateforme TNT pour des éditeurs de chaînes payantes auxquels elle pourra proposer le système de l’accès conditionné. En conséquence, ces éditeurs pourraient faire le choix de se passer de DStv, ou le mettre davantage en concurrence, pour la distribution de leurs chaînes, la TNT offrant un reach potentiel plus élevé vu les millions de décodeurs TNT que le gouvernement envisage distribuer. En un mot, le chiffrement du signal TNT risquerait à terme de rendre moins exclusives les offres d’un DStv ultra dominateur sur le marché de la pay TV en Afrique du Sud, son marché le plus rentable.

Voilà qui explique pourquoi le sujet du chiffrement ou non du signal TNT continue de faire l’objet d’une guerre de tranchées entre partisans (e.tv par exemple) et opposants (MultiChoice notamment). Le différend a même été successivement porté devant la cour suprême et la cour constitutionnelle du pays. Les deux juridictions ont rendu des décisions inverses, la dernière ayant tranché en dernier ressort en Juin pour un non chiffrement du signal, allant ainsi dans le sens de MultiChoice. Mais au lendemain de l’arrêt de la cour constitutionnel, Ayanda Dlodlo, remplaçant Faith Muthambi au ministère de la communication, a indiqué son souhait de passer outre la décision de la cour pour ne respecter que la ligne fixée par l’ANC, c’est-à-dire le chiffrement du signal.

Eventualité d’une class action

En regard de cette inextricable situation et du trafic d’influence supposé de MultiChoice, le parti de l’Alliance Démocratique, opposé à la politique de Jacob Zuma en Afrique du Sud, a appelé le régulateur, l’ICASA, à examiner le contrat MultiChoice – ANN7 et tous autres documents nécessaires pour éclairer le public. Entre temps, Naspers a pris la parole pour essayer de faire retomber la pression en annonçant qu’il allait également examiner le contrat de licence pointé du doigt, mais en attendant, il laisse sa filiale MultiChoice poursuivre la distribution du signal de ANN7.

Mais depuis Lundi, le déroulé de cette affaire semble prendre une tournure plus judiciaire. Pomerantz, un cabinet d’avocats américain spécialiste en droit des valeurs mobilières a publié un communiqué dans lequel il annonce étudier la possibilité d’une class action contre Naspers permettant d’investiguer si Naspers et/ou certains de ses dirigeants sont impliqués dans des actes de fraude sur valeurs mobilières et de pratiques commerciales illégales, entendre ici une présumée collusion avec ANN7. Les avocats américains tentent en réalité de recruter un nombre assez significatif d’investisseurs du groupe sud-africain pouvant leur donner mandat pour déclencher une procédure judiciaire d’envergure. Combien seront-ils à succomber aux sirènes du cabinet ? En tout état de cause, les choses semblent se corser pour le groupe sud-africain qui à moyen terme ne peut plus se contenter de botter en touche via des déclarations de bonnes intentions annonçant de « simples » enquêtes internes et en attendre que ça se tasse.

Les GuptaLeaks ont déjà eu la peau de quelques marques de premier plan en Afrique du Sud. Espérons que Naspers ne vienne pas compléter cette liste, même si ça s’annonce mal embarqué pour l’opérateur pay TV.

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