CAN à 24 : qu’en est-il des droits TV ?

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Il y a une semaine, à la suite d’un symposium et d’une réunion du comité exécutif au Maroc, la CAF (Confédération Africaine de Football) a annoncé quelques changements dans l’organisation de sa principale compétition, la CAN (Coupe d’Afrique des Nations). Ainsi, la compétition ne se déroulera plus en Janvier – Février mais en Juin – Juillet, et surtout le nombre d’équipes participantes passe de 16 à 24. L’instance précise aussi que ces changements prennent effet dès la prochaine édition de la compétition, celle de 2019, jusque là prévue pour se tenir au Cameroun. Dans la foulée, la capacité de ce pays à pouvoir organiser à bonne date la compétition en intégrant les modifications annoncées soulève déjà des questions.

L’accord avec Lagardère Sports sera maintenu …

Au-delà de ces premières questions en ce qui concerne l’organisation au Cameroun, c’est surtout l’incidence de ces changements sur les droits marketing et médias qu’il est nécessaire d’analyser. Pour  une mise en contexte, il faut rappeler que c’est Lagardère Sports qui est détenteur exclusif des droits de l’ensemble des compétitions organisées par la CAF jusqu’en 2028. En contrepartie, l’agence parisienne garantit 1 milliard de dollars de revenus sur la période 2017 – 2028 à la CAF. Toutefois, depuis son élection, Ahmad Ahmad, le nouveau président de la fédération panafricaine de foot essaie de modifier le contrat avec Lagardère Sports, estimant entre autres sa durée trop longue et non conventionnelle. Mais selon de nouvelles informations rapportées par divers médias anglophones (Soka25east.com notamment) citant des sources officielles à la CAF, les conseils juridiques de l’organisme auraient récemment achevé leur réexamen du contrat et estiment faibles les chances de pouvoir obtenir sa renégociation, encore moins sa résolution.

… mais probablement à des conditions nouvelles

Dans le même temps, Amaju Pinnick, un autre officiel de la CAF interrogé par ESPN estime que le passage à 24 équipes entraîne systématiquement une réévaluation des droits. D’une certaine façon, il devrait quand même y avoir une renégociation et une modification de l’accord avec Lagardère Sports qui prévoyait 1 milliard de dollars de revenus pour un ensemble de compétitions dont la CAN à 16 équipes. En effet, à 24 équipes, la donne change et la CAF pourrait réclamer des revenus plus élevés. Dans sa réponse à ESPN, Pinnick cite l’exemple de l’UEFA qui serait passée de 1,5 milliard de dollars de revenus pour l’Euro 2012 (16 équipes) à 2,1 milliard de dollars pour l’Euro 2016 (à 24 équipes), soit une progression de 600 millions de dollars qui n’est certainement pas seulement justifiée par la tendance inflationniste des droits sportifs. Pinnick estime donc que le passage de la CAN à 24 équipes doit rapporter plus d’argent à la CAF ainsi qu’aux pays participants.

Une addition plus salée pour les diffuseurs

Par ricochet, ce sont les diffuseurs audiovisuels, notamment publics qui vont encore grincer des dents. En Afrique subsaharienne, les négociations pour l’édition 2017 de la CAN entre leur représentant, l’UAR (Union Africaine de Radiodiffusion), et Lagardère Sports ont été longues, parfois tendues. Les premiers estimaient que le tarif affiché par le deuxième était beaucoup trop élevé. Finalement, l’affaire s’est conclue suivant une répartition tenant compte de divers critères ne logeant pas à la même enseigne tous les diffuseurs. Avec l’inflation attendue pour l’édition 2019, les discussions risquent d’être encore plus compliquées. Par ailleurs, il faut s’y prendre assez tôt et ainsi éviter les accords de dernière minute réduisant de façon considérable la fenêtre de monétisation dont pourraient disposer les diffuseurs pour essayer de rentabiliser l’investissement consenti dans l’acquisition des droits.

Quant au Maghreb, on n’est pas passé loin de l’insurrection contre BeIN MENA, tant certains diffuseurs de la région étaient remontés contre le groupe audiovisuel qatari, auquel Lagardère Sports a cédé les droits exclusifs de la CAN 2017 dans la région. La suite, on la connaît : procédures judiciaires en Egypte, au Maroc (*), etc. Et il faut espérer que la crise géopolitique actuelle dans la région ne traîne pas en longueur. Autrement, les négociations qui vont probablement démarrer en 2018 pour l’acquisition des droits audiovisuels de la CAN 2019 risquent d’être on ne peut plus difficiles, pour ne pas dire électriques.

 

(*) : Palm Production avait enclenché une procédure judiciaire au Maroc contre BeIN MENA pour abus de position dominante

Crédit photo : visualhunt/manbeastextraordinaire

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