Résultats 2016 de Naspers, financièrement digitaux

Naspers Introduction en bourse

Vendredi 23 Juin, Naspers a présenté les résultats de son exercice 2016 clos au 31 Mars 2017. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en dépit du difficile contexte conjoncturel que connaissent ses marchés africains depuis de nombreux mois ainsi que de la nouvelle concurrence de Econet, le groupe sud-africain de médias et internet s’en sort très bien. Son pôle TV linéaire DTH (DStv) a par exemple enregistré un gain net de 935 000 abonnés. Quant à son bouquet TNT (GOtv), il a enregistré 597 000 nouveaux abonnés. Ensemble, les deux marques pay TV ont donc vu le cumul de leurs parcs d’abonnés progresser de plus de 1,5 million, pour approcher le seuil des 12 millions d’abonnés. C’est tout à fait exceptionnel. En 2015, la tendance était plutôt baissière. Preuve que les multiples actions marketing initiées (baisse de prix de l’abonnement, intégration de chaînes premium dans les bouquets access, mois gratuits, cross selling, etc.) sur de nombreux marchés subsahariens ont porté leurs fruits.

Le groupe reste cependant très silencieux, comme pour 2015, en ce qui concerne le reach de son service SVOD ShowMax. Il faut noter qu’il ne manque pas de concurrents (plus d’une centaine à l’échelle subsaharienne selon diverses sources), les plus importants étant YouTube, Netflix, Prime Video, iROKO, iROKO+, etc. sans oublier les nouveaux venus qui affichent de grandes ambitions (TracePlay, Afrostream, NuVu, iflix, DEOD, etc.). ainsi que les acteurs globaux dont ce n’était pas le métier de base mais désirant désormais proposer leurs propres productions vidéo (Facebook, Apple, Snap, etc.). Naspers ne communique aucun chiffre non plus concernant son pôle publishing (Media24, etc.), qui a d’ailleurs dû se débarrasser de quelques titres il y a quelques mois.

Au cours de l’exercice 2016, les marques vidéo de Naspers ont donc dû faire face à une forte concurrence en ce qui concerne les droits d’exploitation des contenus, que cela soit en digital (VOD) ou en linéaire où Econet notamment, mais aussi StarTimes procèdent à un marquage très serré, quasiment à la culotte. Cela a eu pour conséquence un enchérissement des droits, et un plongeon de 53% (déjà 32% en 2015) des bénéfices commerciaux des activités vidéo, à 287 millions de dollars. Toutefois, l’enchérissement des droits n’est pas la seule cause du très fort recul des bénéfices sur la vidéo. Le groupe pointe aussi la persistance de la chute des monnaies locales (dans lesquelles sont collectées les redevances mensuelles chez les abonnés) par rapport au dollar (monnaie dans laquelle sont acquis les contenus), notamment au Nigéria, en Angola et au Mozambique où les pertes opérationnelles s’élèvent à 289 millions de dollars. Pour limiter la casse, le groupe a entrepris de renégocier les droits de contenus non essentiels, et parfois de se désengager purement et simplement. Ce fut par exemple le cas avec les championnats locaux de foot au Ghana, au Nigéria et au Kenya. C’est par ailleurs dans ce contexte que des discussions ont été entamées avec MTN pour une éventuelle cession des activités de TV linéaire, hors Afrique du sud.

Sur le digital (hors vidéo et publishing), notamment social media, e-commerce, epayment, les résultats financiers sont à l’inverse excellents. Cet autre pôle d’activités représente désormais 73% des revenus dégagés par Naspers, à 10,6 milliards de dollars, en progrès de 29% vs 2015. Les bénéfices commerciaux sur ce segment sont également en plein boom (+52%). Evidemment, c’est sa participation de 33% dans le chinois Tencent (WeChat, League of Legends, etc.) qui dégage son flux de revenus le plus important. Et au cours des prochains exercices, les flux de revenus provenant de Tencent devraient encore progresser, ce dernier ayant récemment (Avril 2017) conclu un accord avec Ubisoft pour opérer une nouvelle licence de jeu sur mobile en Chine, et serait intéressé à acquérir le célèbre titre Angry Birds.

Outre Tencent, Naspers a dégagé environ 3,4 milliards de dollars de la cession de ses marques e-commerce polonaises Allegro et Ceneo, et quelques autres centaines de millions de dollars fin Mars 2017 de la cession de Souq.com à Amazon. Le digital est donc un pôle qui se porte très bien au sein du groupe sud-africain, et on peut comprendre son envie de se séparer de MultiChoice (DStv et GOtv) qui leste ses résultats, au demeurant très bons (14,6 milliards de dollars de revenus consolidés, en progression de 19% vs 2015). Selon Bloomberg, Naspers envisage de toute façon poursuivre son développement dans la voie du digital et envisage émettre un emprunt obligataire pour lever des fonds destinés à financer de nouvelles acquisitions sur ce segment.

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