La TNT en Afrique, un vrai serpent de mer

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Le sujet de la migration TNT est réapparu sur le devant de la scène cette semaine en Afrique, ou plutôt à Beijin, à la faveur de la 7è édition du African Digital TV Development Seminar, les 22 et 23 Mai. Organisé  chaque année depuis 2011 par StarTimes dans la capitale chinoise, l’événement est devenu la grand-messe annuelle  où se rencontrent de nombreux officiels africains pour échanger, encore et à nouveau, sur la roadmap du basculement définitif vers la TNT en Afrique. Le sujet sera également, à nouveau, dès le 30 Juin au menu de Discop Abidjan, au détour de tables rondes et keynotes. Mais dans les faits, où en est-on concrètement ? Quasiment nulle part ! Du moins pour certains pays, trop nombreux, notamment en Afrique subsaharienne. Le franchissement des étapes successives  de la roadmap est très lent, trop lent, la moyenne des pays n’ayant même pas encore atteint 50% du processus.

En effet en dehors de la Tunisie et du Maroc au Maghreb, du Rwanda, de la Tanzanie, du Mozambique et du Malawi dans la zone subsaharienne, auxquels s’ajoute Maurice, pays dans lesquels le basculement est achevé, bien du chemin reste à faire pour la plupart des pays. Parmi ces derniers, l’Algérie est probablement le plus proche du final, le pays s’étant fixé comme objectif 2017 l’atteinte d’une couverture de 95% de son territoire en termes de distribution du signal TNT. Au Nigéria, les autorités administratives ont déjà renoncé au deadline de Juin 2017 qu’elles avaient annoncé pour l’achèvement de la migration. Au Ghana et au Zimbabwé, on parle de défaut de financement pour poursuivre le processus, ce qui de facto provoque une rallonge des délais d’achèvement. En Afrique du sud, les distributions de décodeurs aux ménages les plus modestes se poursuivent, une bourgade après l’autre, et très lentement. La précédente ministre de la communication avait d’ailleurs déjà indiqué que le pays ne pourra tenir le deadline qu’il s’était défini. Au Kenya, la situation semble plus avancée avec un taux de couverture du territoire en termes de distribution du signal avoisinant les 60%, un modèle à suivre en Afrique subsaharienne selon la GSMA.

L’organisme mondial représentant les opérateurs de téléphonie mobile incite d’ailleurs les pays africains à presser le pas en rappelant que le basculement vers la TNT va libérer des fréquences qu’attendent impatiemment les telcos pour à leur tour accélérer le déploiement du haut débit mobile et d’autres services. En Afrique du sud, MTN commence d’ailleurs à tirer la sonnette d’alarme à ce propos. Le telco indique qu’il arrivera bientôt au maximum de l’exploitation des fréquences qui lui ont été attribuées par le régulateur. Et ce dernier n’autorise toujours pas l’exploitation de la bande des 800 Mhz, particulièrement adaptée à la délivrance de la LTE indoor et dans les zones rurales, selon des propos de Giovanni Chiarelli (CTIO de MTN South Africa) rapportés par TechCentral.co.za.

Outre la libération des fréquences, il est attendu de la TNT qu’elle incite au développement de l’offre télévisuelle pour le public tout en améliorant la qualité. Mais pour certains officiels africains, la priorité se situe ailleurs. Dans un entretien qu’il a accordé à La Tribune Afrique, Grégoire Ndjaka (UAR) déclare par exemple : « 5 millions d’africains au sud du Sahara n’ont pas accès à la télévision. La priorité est d’abord d’équiper ces gens. … La préoccupation actuelle pour le domaine de l’audiovisuel n’est pas la numérisation, mais le contenu. Toutes les chaînes sans exception sont confrontées à cette question. La télévision africaine est inondée par la culture des autres. A quel moment allons-nous faire la promotion de notre culture ? » C’est un argumentaire qui s’entend et qui peut justifier que nombre de pays traînent les pieds, volontairement ou non. Dans bien de pays européens par exemple, il y a des quotas à respecter en termes de diffusion de productions audiovisuelles nationales. Par ailleurs, il se discute en ce moment au sein de l’Union Européenne, la mise en place d’un quota de 30% d’œuvres continentales au sein des catalogues des plateformes VOD. Les mêmes règles existent sur nombre de marchés subsahariens (la Côte d’Ivoire souhaite par exemple 20% d’œuvres audiovisuelles locales sur la TNT, c’est 70% en Ouganda, le Zimbabwé souhaite aussi de son côté proposer davantage de contenus locaux à la télé, des règles quasi-drastiques existent au Kenya, etc.). Mais sont-elles respectées ? Sont-elles même contraignantes ? Loin s’en faut ! Lors du 10è anniversaire de l’UAR à Dakar, un forum y a même été consacré, avec pour thème : « Comment promouvoir des contenus authentiquement africains dans les médias africains ? »

Une autre question à solutionner est celle du modèle économique. Il y a en effet un choix à faire entre la formule gratuite et l’inverse qui requiert une contribution forfaitaire de la part du public. Encore faut-il arriver à convaincre du bien-fondé de cette contribution. Par exemple, dans l’Etat du Plateau au Nigéria, à l’achèvement de la phase pilote en Avril 2016, 420 000 décodeurs ont été distribués par le gouvernement pour permettre aux ménages de recevoir gratuitement le bouquet TNT pendant une année. En 2017, quand il s’est agi de reconduire l’abonnement pour une nouvelle année en s’acquittant d’un montant forfaitaire de 1500 Nairas (environ 4,6 dollars), près de 129 000 foyers se sont abstenus, créant ainsi un déficit de revenus pour les exploitants.

Entre ces deux modèles économiques, il y a celui du freemium (décodeur acheté et donnant droit à une part gratuite du bouquet de chaînes, l’autre part étant payante) pour lequel ont opté certains pays.

Pour conclure, le basculement total sur la TNT en Afrique n’est certainement pas réalisable à brève échéance. En regard du contexte, on continuera certainement d’en parler au-delà de 2020, même si des progrès auront été faits ici et là d’ici cette date.

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0 Thoughts to “La TNT en Afrique, un vrai serpent de mer”

  1. […] le manque de fréquences dû aux lenteurs pour le basculement vers la TNT. […]

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