MultiChoice veut doubler son parc d’abonnés d’ici 5 ans

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Au premier semestre 2016 (clos le 30 Septembre), Naspers présentait un parc d’abonnés de l’ordre de 11 millions pour son pôle vidéo et divertissement. C’est ce pôle qui consolide les résultats de MultiChoice (DStv et GOtv). Au cours de ce premier semestre, DStv a vu son nombre d’abonnés progresser d’environ 600 000 quand celui de GOtv a progressé de 150 000. Ces bons résultats font suite au changement de stratégie opéré par MultiChoice, stratégie sur laquelle est revenu Tim Jacobs (CEO de MultiChoice) dans une interview accordée au média sud-africain New Vision.

La nouvelle stratégie de MultiChoice aurait deux axes : le prix et le contenu. En ce qui concerne le prix, MultiChoice a entrepris depuis plusieurs mois une réduction de ses prix d’abonnement pour tenir compte de ce qu’il considère comme la baisse du pouvoir d’achat des foyers TV subsahariens due à la dépréciation de nombre de monnaies locales. Cette baisse, que nous avons déjà rapportée dans plusieurs de nos articles, est comprise entre 5 et 30% suivant les marchés. Elle impacte négativement les résultats financiers actuels du groupe, mais Tim Jacobs effectue un pari sur 3 ans. Il estime qu’à cette échéance, l’élargissement de la base d’abonnés qui en découlera permettra d’obtenir des résultats positifs durables.

Au niveau du deuxième axe qu’est le contenu, MultiChoice s’attelle à renforcer ses bouquets en incluant de nouvelles chaînes, et de nouveaux contenus sur ses chaînes propriétaires (M-Net, Mzansi, kykNET, SuperSports, etc). Sur ce deuxième axe de sa stratégie, le groupe a surtout décidé d’inclure davantage de chaînes africaines parmi les nouvelles chaînes qui viennent renforcer ses bouquets, et moins de chaînes internationales. Tim Jacobs indique que ces dernières correspondent moins aux attentes des audiences, auprès desquelles résonnent plus les contenus locaux. L’air de rien, il s’agit d’un véritable changement pour MultiChoice qui a multiplié les acquisitions de contenus internationaux ces dernières années. Cela ne veut pas dire que le groupe sud-africain arrêtera complètement les acquisitions internationales. Il en réduira plutôt la part pour accorder plus de budget aux contenus africains, suivant en cela une tendance lourde à laquelle se conforme de nombreux médias audiovisuels africains. Aussi, le groupe a accru ses capacités auprès d’opérateurs satellites tels que Eutelsat et Intelsat, afin de pouvoir proposer plus de chaînes, notamment gratuites.

Pour MultiChoice, la conjonction des deux pistes stratégiques vise à faire progresser le parc actuel d’abonnés du simple au double d’ici 5 ans. Selon Tim Jacobs,  DStv par exemple devrait arriver à doubler ses 2,1 millions d’abonnés actuels en Afrique du Sud. Le CEO pécise aussi que son groupe n’est pas intéressé par la commercialisation d’une offre triple play (TV, Internet haut débit, téléphone). Cela risquerait de rendre la TV trop chère et inaccessible pour beaucoup de ménages. Par contre, il n’exclut pas de coopérer avec des opérateurs télécoms qui proposent déjà la voix et le haut débit et qui seraient intéressés par un triple play intégrant des bouquets DStv par exemple.

Selon Digital TV Research, MultiChoice devrait avoisiner 17 millions d’abonnés à l’horizon 2021. L’objectif d’une progression de 100% du parc d’abonnés actuel (11 millions) ou même du parc à fin 2015 (10,4 millions) paraît difficile à tenir. Cela le sera d’autant plus que le contexte environnemental est hyper mouvant, et pas forcément à l’avantage de la filiale de Naspers. Par exemple, ces derniers mois, le groupe audiovisuel a perdu quelques droits sportifs tels que celui de la NBA (hors Afrique du Sud) obtenu par Econet Media, le foot ghanéen obtenu par StarTimes, pour ne citer que ceux là. Econet, particulièrement, a une stratégie hyper offensive en ce qui concerne les contenus sportifs et se trouve aujourd’hui en position de véritable challenger sur le marché subsaharien, sans occulter Startimes qui propose aussi sur ses antennes propriétaires (World Football, Sports Premium, Sports Arena, etc.) de multiples contenus sportifs (Bundesliga, Calcio, Ligue 1, etc.). Ce type de contenus est réputé pour contribuer à siphonner abonnés à la concurrence.

Au chapitre réglementaire, MultiChoice pourrait également avoir à gérer des situations délicates qui se profilent, en l’occurrence au Nigéria, son deuxième plus important marché après l’Afrique du Sud. En effet, sur ce marché, GOtv est sous le coup d’une enquête déclenchée par la chambre des représentants en ce qui concerne sa licence d’exploitation, qui selon un député n’aurait pas été obtenue suivant la procédure habituelle. La même chambre des représentants a demandé au régulateur nigérian d’instituer dans le pays le système du pay-as-you-go en ce qui concerne le secteur de la pay TV. Si cette mesure venait à voir le jour, cela pourrait engendrer quelques difficultés pour les deux marques pay TV de MultiChoice.

Le pôle vidéo et entertainment de Naspers peut aussi pâtir de la progression de la TNT gratuite dont le déploiement progresse peu à peu en Afrique subsaharienne. Certes, les offres de chaînes sont très restreintes, mais elles peuvent tenter certains abonnés pay TV, surtout si des chaînes telles que Kwesé Free Sports (NBA, F1, certains matchs de Premier League, Premiership Rugby, etc.) sont proposées, comme c’est le cas depuis le 21 Décembre à Abuja au Nigéria. Les prochains marchés à suivre sur le sujet de la TNT sont la Côte d’Ivoire, où ce sont StartTimes et Telenum qui vont assurer la distribution en partie payante (même si c’est à bas coût), et le Ghana. L’Afrique du Sud aussi est à surveiller car la TNT gratuite n’y est pas encore complètement déployée.

Un dernier élément contextuel à surveiller est la progression de la VOD. De nombreuses offres (Netflix, Prime Vidéo, Afrostream, NuVu, iROKO, etc.) sont maintenant disponibles sur les marchés subsahariens , y compris ShowMax, plateforme sœur de MultiChoice et opérée par Naspers. Même si, pour de très nombreuses raisons, les vidéonautes subsahariens sont encore loin de pouvoir challenger TV linéaire et VOD, cette dernière est quand même de nature à siphonner quelques minutes de visionnage à la première. MultiChoice reconnaît d’ailleurs que ses plus importants concurrents sont Amazon et Google. C’est certainement pour cela que le mobile fait partie de sa stratégie à long terme, le groupe envisageant de rendre ses bouquets directement accessibles sur ce device.

 

Crédit photo : Facebook.com/Simphiwe Sukazi

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